Planète en danger. SOS.

Flash.

Un navire vomit ses huiles nauséabondes au nom du saint fric.

Flash.

Tempêtes. Climat détraqué. Boulettes dispersées.

Flash.

Écume et galets englués au noir.

Flash.

Un phare phosphorescent tourne sur lui-même, éclairant tour à tour le passé, le présent, l’avenir, la destinée.

Brume opaque. Alice au pays de l’oseille, Alice en canoë pagaie laborieusement dans la mélasse.

La fourrure du lapin blanc est toute tachée.

Un cri.

Le cri sur la jetée des océans outragés.

Une usine balayée. Le monde fluorescent. Des yeux morts.

Une grimace à l’avenir en cul de sac. Alice change de pied.

Dans la poussière des pas s’impriment.

Des poings se lèvent vers la lumière.

Des chants s’élèvent, des souffles oppressés scandent la liberté retrouvée.

Dans leurs yeux je vois.

Dans leurs yeux qui voient l’ouverture au grand large.

L’ouverture des bras de l’autre.

La fraternité.

Je vois les yeux crevés de la fraternité.

Je vois la puissance de ses bras et la force du souffle dans sa poitrine.

Au royaume l’aveugle fait les borgnes et les fait clairvoyants.

N’est pas souverain qui veut. Arthur sans Merlin n’est rien.

Arthur sans Merlin n’est qu’un sale gamin narcissique, égoïste et capricieux.

Le peuple fait le ménage. Il a l’habitude, le peuple, c’est son métier, il le fait bien.

Le vieux monde balayé, récuré, régénéré, régurgite dans un spasme un avenir à ses enfants.

Je vois.

Un avenir aux vivants.

Un brin d’herbe tremble sur un trottoir goudronné.

Les renards à la brune dansent dans les rues des cités cherchant fortune.

Les lapins gambadent sur les ronds-points, blancs, immaculés, triomphants.

Je vois l’espoir en bouffées, brume argentée diluant le sordide et délétère appât du gain.

La vie reprend ses droits.

Je vois le kaléidoscope brisé.

Je vois les boules de cristal des voyants mercantiles éclater.

Je vois des trucs compliqués, des rouages cassés, des machines arrêtées.

Je vois des hommes sombres et durs fondre et disparaître dans les gouffres qu’ils ont creusés.

Je vois la nuit obscure se tordre sur elle-même et redonner naissance à la lumière.

Je vois les boules à neige fondue faisant de nos rêves des soupes épaisses.

Je vois les édentés avaler ces soupes et renaître.

Je vois germer la langue au petit bonheur la chance.

J’entends le souffle de la brise froissant les blés en chants universels.

Je vois la marche sereine de l’humanité vers ses prochains greniers.

Je vois des enfances à venir, j’entends des rires.

Je vois le kaléidoscope exploser. Chaque éclat de verre est un univers en graine, une nuance d’humanité.

Je vois des pistons s’activer, j’entends les explosions originelles des temps en gestation.

Je vois des forêts obscures et des hommes sans boussole.

Je vois un sourire blanc frémir à l’infini.

Je vois de nouvelles lunes illuminer la nuit noire.

Je vois des soleils se lever sur une intelligence neuve.

Je vois une spirale se défaire et s’enrouler en sens inverse.

Je vois le cadran d’une horloge, j’entends sonner la cloche. Est-ce un début ? Est-ce une fin ?

J’aimerais bien voir la suite mais j’ai une fuite dans les idées.