La mère plissait le nez. Ça sentait le vieux. Ça sentait le brûlé. Ça sentait le roussi. Ça sentait le moisi. Ça sentait quoi.

Elle appelait le père : « Viens m’aider à chercher, ça sent. Je ne trouve pas où c’est. »

Le père venait et se plantait, lourdaud, au milieu de la cuisine.

- Ça sent je te dis. Elle pinçait les narines et reniflait à petits coups rapides, en marmonnant par devers elle.

- On dirait de la pisse de chat, c’est sûrement le chat. Il est où ? il est où le matou ?

Elle allait, venait, respirait ses torchons « mais non je viens de les laver » humait les coussins de chaise « c’est pas là non plus » descendait vider la petite poubelle de la cuisine dans la grande poubelle du jardin, remontait, reniflait encore, faisant palpiter les ailes de son nez. « Mais tu ne sens rien ? » Le père, tant que c’était pas le gaz que ça sentait, c’était pas son affaire. Il retournait se poser, allait finir ses mots croisés ou roupiller devant la télé.

À l’office, comme elle disait, la drôle de danse continuait, et que je renifle tout, et que je retourne tout, et ça marmottait en cadence, jusqu’au dernier mot. « Ah ben ça y est. Ah ben c’est là. » Elle avait trouvé. Elle jouait du chiffon, de l’éponge ou de la serpillière, nettoyait, récurait, aseptisait à l’eau de javel, s’agitait, s’affairait, commentant chacun de ses gestes.

Oubliée sous la table, un vieux chat galeux et ronronnant blotti contre elle, la gamine ne levait pas les yeux de son bouquin, fronçait le sourcil, se concentrait. Elle doit avoir passé trente ans maintenant, elle a deux gosses et la cuisine, c’est elle qui l’astique. Aujourd’hui encore, elle déteste l’odeur de la javel. C’est tant pis pour le chat, elle nettoie au vinaigre.