LE VIEUX — Ben Mémère, qu’est-ce qu’y a ? Faut pas pleurer comme ça. Regarde un peu autour, la nuit étoilée nous sourit toujours. On nous le prendra pas, ça.

LA VIEILLE — Mon vieux, t’as peut-être bien raison, n’empêche que j’ai la lune dans le caniveau. Si on m’avait dit qu’un jour, j’en serais rendue à ces extrémités impudiques…

LE VIEUX — T’inquiète pas Mémère, je te fais de l’ombre, pi y’a personne pour y voir si tes bas nylons sont d’époque.

LA VIEILLE — Fais pas ton Ronald, le vieux, j’aime pas les hamburgers. Mais j’ai la dalle, ça oui.

LE VIEUX — Regarde là-bas, Mémère, derrière les buissons, c’est-y pas des poubelles que je vois ?

LA VIEILLE — Ouais. Ça a l’air bien bourgeois, c’te résidence, c’est parti pour la chasse au trésor.

LE VIEUX — On suit la harpiste et son mari depuis leur sortie du théâtre, un peu que c’est bourgeois. Tu crois pas que j’t’amène n’importe où des fois ?

LA VIEILLE — Des fois je me demande jusqu’où que ça va aller. Depuis que t’es sorti du violon, la dégringolade est redoutable.

LE VIEUX —Faut savoir sombrer avec panache, la mère. D’ailleurs, tiens, en vla une cannette qu’est à moitié pleine.

LA VIEILLE — C’est pas un panach’, c’est de l’Orangina, tu sais bien que j’aime pas la pulpe.

LE VIEUX — Message reçu. Donne-moi ton bras, on va marcher un peu, la nuit est claire. On va aller faire les poubelles du seizième, avec un peu de chance ce sera caviar et champagne.

LA VIEILLE — T’as raison mon vieux. Là-bas, les rats sont plus gras.

(S’éloignent fond de scène, dos au public, bras dessus, bras dessous, s’appuyant l’un sur l’autre, épaule contre épaule, deux silhouettes penchées. La lumière s’affaiblit progressivement. Noir)