(Roulement de tambour)

Mesdames et messieurs

Avant de commencer devant vous et pour vous

Nos exercices de haute voltige

Lexicale articulatoire gesticulatoire communicatoire ostentatoire

Voire et nous l’espérons

Hautement jubilatoire

Pour une meilleure compréhension de nos évolutions circonvolutions et autres élocutions

Deux ou trois trucs en vrac

Tout à trac

Et sans fric frac

(Et sans que ça nous retombe dessus

S’il est possible)

La comédie messieurs mesdames

Le grand jeu

En trois mots ou en trois actes

Je le reconnais monsieur

La vie qui se joue sous nos pas

C’est la tienne

C’est la sienne

C’est la vôtre

Celle que vous rêvez

Celle que vous vivez

Reconnaissez-le ! Reconnaissez-moi !

Non ?

La négation me tombe dessus

Je tombe de haut !

Gare à la chute, madame, gare !

Gare aux plaies aux bosses aux forfaits aux forbans

Gare à la casse !

Comme je dis toujours à mon fils

Ne faudrait pas non plus

Qu’on retombe comme soufflés

Nous autres gueusards traîne-savate et va-nu-pieds

Nous nous relevons mal

Profil bas chuchotis et cancanerie !

Ça se répand s’étale mélasse

Ça ne tombe pas et ça tombe bien

Autrement dit

Pour ne pas tomber de trop haut ne nous élevons pas trop

Ramper évite bien des tracas !

C’est ce que je dis toujours à ma femme

Rester à sa place

Encaisser avec classe

Parer les mauvais coups

Éviter le pire 

C’est déjà pas mal

Hein chérie

Trouver un bon point de chute

C’est pas mal pour une femme !

Gare à la chute je vous le dis

Sans fracas et tout à trac

Ce qui tombe du ciel est génie

Ça c’est rare

Une belle chute de rien

Je l’ai vue comme je vous le dis

Et ça n’était pas un œuf

(Notez-le bien : lorsque l’on tombe il faut éviter de faire l’œuf)

(À moins de jouer les durs)

(Le dur ne casse pas mais il fêle hélas)

(Alors que l’étoile file et c’est joli)

(Car l’œuf fêlé laisse passer sa lumière)

(Mais revenons à nos moutons)

Ce truc a rebondi c’est reparti

Où et quand c’est retombé

Sans crier gare et tout à trac

Allez savoir ?

Quelle élégance dans la chute !

En plein sur son trente et un

Au mois d’août de référence

Le costume en polychromie

Tombe juste et sans faire un pli

Voilà une chute qui tombe à point

Porter haut son extravagance

En panache sa fantaisie

Mais dans l’entre soi-seulement

Des gens de bonne conscience et bonne compagnie

Qu’à l’entresol étrange un étranger exhibe son étrangeté

Le voilà montré au doigt et voué aux gémonies

Que le fat tombe dans le ridicule !

J’ai dit !

Gare à la chute monsieur !

Gare !

En effet c’est tout un art

Après avoir roulé ses bosses

De retomber sur ses pieds

Faudra alors longtemps chercher

Longtemps tourner et retourner

Discutailler

Ratiociner

Tergiverser

Rêvasser

Songer

Divaguer

Divaguer il n’est rien tel

Tendre le temps comme une étoffe

Et s’en faire un parachute

Pour amortir l’échéance

Et repousser la déchéance

Travailler ses chutes finalement

N’est que l’art de passer le temps

Se laisser avec nonchalance

Emporter par l’air du temps

L’air de ne pas y toucher

L’air de rien

Surtout pas d’y croire

On retomberait dans le néant de la môme

Et de la môme au piaf le pas n’est pas bien grand

Fi des lyriques envolées madame

Voilà venir solennelle

La longue

La terrible

L’effarante

Tracassante et fracassante

Chute finale !

Le temps va s’enroulant

Déroulant la farce

La comédie humaine toujours recommencée

Que nous allons jouer

Sous vos yeux ébaubis

Écarquillez bien vos quinquets

Coupez les bigophones

Branchez les sonotones

Dépoussiérez vos esgourdins

Calez-vous sur le strapontin

Attachez les ceintures ou bien

Gare !

Gare à la chute mesdames messieurs !

Gare à la chute je vous le dis !

Chut !

(noir)