Un singe et un cochon, ils étaient deux derviches, l'un malin, facétieux, impulsif, l'autre philosophe et pensif, deux constellations inédites dessinées par une étoile fêlée.

Amoureux des étoiles, caché derrière la dune pour observer les cieux, j'entendais la nuit bruisser et vrombir, le roulement des vagues, le ronflement du vent, leurs chocs et leurs glissés sur le sable.

Il y avait des hommes, autour, tambourinant des rythmes sourds pour accompagner le souffle et le flot.

J'avais ramené sur moi une chaude étole de cachemire pour adoucir le mordant de la nuit.

Et j'étais assis là, les yeux fermés, écoutant dans l'obscurité cette symphonie inopinée.

Il y avait des femmes. Un murmure s'est élevé de leurs lèvres fermées, dulcifiant l’âpreté du tempo.

On dit qu'ils sont restés toute la nuit, qu'ils ont pris le temps de voir la pleine lune se lever, monter au firmament, consulter le cochon et le singe, puis redescendre et se coucher dans l'océan ; mais je ne m'en souviens pas, je m'étais endormi.

Je me souviens de ma mère, le jour se lève, je m'éveille, apaisé, et je me souviens d'elle, de ses douceurs, de ses colères aussi.

Comme dans un rêve je la revois, dansant sur cette plage où nous sommes si souvent venus nous enivrer au vent du large.

Ses lèvres formaient le mot liberté.