La gamine poussait un wagonnet en tenant sa tête d’une main, comme si elle était trop lourde pour elle. Il lui proposa de l’aider à soulager la pression de sa boîte crânienne, sans doute causée par les émanations de gaz accompagnant l’extraction du minerai. Elle le regarda avec de grands yeux interloqués.

Il lui posa sur la tête sa dernière invention, le pressostat, un casque destiné à soulager les migraines. Il lui indiqua comment l’utiliser, le plus simplement du monde. L’appareil ne possédait qu’un seul bouton de réglage. Tourné dans le sens des aiguilles d’une montre, il permettait de réduire la pression intra crânienne et ainsi de soulager les migraineux. Tourné dans le sens antihoraire, il permettait aux rêveurs trop convaincus de tempérer leurs imaginations débridées et de se ré arrimer au réel. En position neutre, il protégeait simplement du froid.

La petite le remercia et reprit son labeur, poussant énergiquement son wagonnet plein de minerai. Le garçon sourit. Dans ces voies impénétrables, il trouvait toujours une solution pour alléger la charge des autres. C’était sa façon d’alléger la sienne. La semaine précédente, il avait remarqué que l’hylozoïsme de la mine permettait aux plantes de pousser entre les rails, et même dans l’obscurité. Ce n’était pas qu’une vue de l’esprit : cela lui avait permis de cultiver l’herniaire qui, travaillée en pommade et portée en ceinture, avait soulagé les douleurs du vieux Germain.

Le galibot voyait avec plaisir la petite s’éloigner en sautillant, le wagonnet semblait ne plus rien lui peser. Encore une fois il avait réussi. Il adorait endormir sans morphine l’enképhaline de ses contemporains. Au fond de la mine, tous l’appelaient Macaire l’apothicaire.