Le
gardien
du phare
descendit l’escalier
et poussa une porte.
Les gonds couinaient un peu.
Il lui faudrait ajouter un peu d’huile
afin de lisser le grincement de l’instant.
Le silence et l’isolement en baume, la mer à portée,
il polissait du regard les bleus mouvants sous ses yeux,
les lames de l’océan fondues à l’horizon, roulements souples
affleurant la laque azur éthérée en-dessus. Le vol d’un fou en piqué filait
comme une flèche unissant l’un à l’autre. De haut en bas le monde, lui dans sa tour de pierre,
sans presse, paisible, respirant. Le bleu de son regard clignotait au rythme de la lanterne
tournant son cycle posé et paisible sur la courroie des flots. L’un était l’autre, corps unis
pourtant disjoints, obéissant aux mêmes souffles, respirant les mêmes vapeurs.
Une bougie dans sa lanterne clignait en étincelle son œil à l’œil du phare.
Qui regardait quoi, qui regardait qui, les unités s’entremêlaient au tout,
une dérive poussant l’autre. Ne plus bouger, l’immobilité en voyage,
un rayon de soleil pour un rayon de lune. Il suffit d’être pour partir,
l’ailleurs à plein poumons. Tout cela n’a aucun sens.
Ajouterait-il un requin-marteau pour l’ambiance ?
Perte de contrôle, dérapage, le sifflement
de la soupape.
Clic et
fin.