Ils sont îles amarrés l’un à l’autre, chamarrés de lumière. Le regard de l’homme la porte comme sa voix la pénètre. Ce qu’il dit, on ne sait et c’est sans importance. Soudain, elle reconnaît dans ses yeux le même vide, la même absence que chez l’autre. Elle s’éveille et frissonne, détourne le visage, enfile un pull over lourd de laine et s’éloigne, le pas léger sur le sentier étroit.

Le ciel s’éteint lentement, les étoiles piquent le noir profond d’une nuit sans lumière. Les papillons se perdent dans l’épaisseur lourde de l’obscurité. La brise est douce à ses cheveux, elle chantonne, qui sait quoi, et c’est sans importance. Elle berce son pas et avance ses silences serrés chaud au creux de ses bras. En bas la mer avance et recommence encore et encore, son sourd grondement s’étend loin sur la plage puis recule, emportant avec lui le son plus clair des galets cognés l’un contre l’autre.

Heurtée, elle somnambule, un pied devant l’autre en funambule. Elle inspire, expire, soupire et s’arrête. Elle oublie déjà comme du plat de la paume on lisserait sur le sable un prénom esquissé. Quel prénom ? Qui était là, près d’elle, y avait-il seulement quelqu’un ? A quel danger a-t-elle échappé ? A-t-elle échappé à quoi que ce soit ?

Elle avance sous la lune levée, entre les dunes de guingois. Elle en suit le rayon comme le fil du paysage, le sentier sous ses pieds, elle chemine et serpente comme serpente la trace étroite du chemin. Paisiblement elle va, respirant l’air frais de la nuit, les odeurs montent jusqu’à elle, d’herbe sèche, d’iode et de goémon. Paisiblement elle va, délivrée, le ciel sur la tête, et qui ne tombe pas. Elle va le long d’un mur de pierre, une ruelle, la rue, les maisons.

Elle est rentrée chez elle, ferme sur ses mystères une lourde porte de bois.

Voilà le chat.