Au rebord de rien ils marchaient, les pieds insensibles et sans vertige. Les nuages au bord des nausées les observaient, résignés à leurs grises mine. L'arc-en-ciel était de pierre et plombait leurs jambes. Colorant la plume du pigeon, un trait de lumière alignait leurs pas, tout droit sur la ligne floue d'un horizon voilé qui faisait la roue.

Où étaient-ils?

Il ne savait rien plus qu'elle, rien, le hasard, des brumes floconneuses, des visages cotonneux. Rien d'arrêté et lentement, au hasard et précautionneusement, ils allaient, sans savoir rien du monde ni de l'autre, sans même savoir si le monde était monde ou un autre à leur côté.

Ils étaient seuls et noués, incapables de croiser quelque lumière à leurs regards éteints.

Est-il possible, si peu, tant et si rien, ni soi ni autre et pas de terre sous le pas.

C'est facile de n'être rien, il suffit de ne pas comprendre et les voilà en suspens.

L'épuisement les mange, l'étincelle les quitte, le feu est loin.

Le pas lourd dans une boue de cendre glacée, ils étaient deux, se demandant ce qui diantre avait pu brûler. Quoi d'assez vivant pour éclairer las le long absurde de leurs vies étirées sans raison ni rime, sans art ni fanfare.

Le silence à leurs grises mines, et l'ennui, le néant.

Ensemble et disjoints, nourris de cendres, leurs faces se plissaient. Petits vieux secs, sans un souvenir heureux, sans un sourire. Petits vieux sombres, sans la transparence douce de la mémoire estompée, de la vie qui s'en va sereine, sans plus chercher de lendemain ni bleu ni gris. Deux molles baudruches dégonflées au vent du mauvais mot, du mauvais vin.

Deux molles épaves pourrissantes et résignées.