C’est que voilà, c’est un drôle de détour, les pas retournés envers sur endroit, pour un peu je tiendrais debout, pour un peu je marcherais, dis. Dis ? J’ai rajeuni. Je vieillis à l’envers ces jours-ci, à l’envers de mon étroit, et l’horizon s’étire, s’arrondit. Un pas bleu pour un mot vague, avance à la marée, le retard tu le reprends en revenant. C’est étrange comme tout passe. Ce ne sont pas mes yeux qui voient mieux. Au contraire. C’est la lumière.

C’est que voilà, le temps me prend à revers, comme la lumière, je vois. Je vois là mon mur de pierre et mon sourire largement ouvre mon visage, et que me fouette pluie ou vent, ou que me brûle soleil, tout est bien. Tu peux compter sur la mer, si loin qu’elle recule, toujours elle revient danser la lumière. Cette lumière qui danse c’est mon souffle, ma poitrine élargie, et le chant monte à ma gorge, triomphal.

Triomphant de personne, triomphant de moi-même, timorée, le sourire satisfait, le pas sûr au bord du quai. Respirer la lumière. Ne dis rien, c’est le secret, tais-le, tais-le bien, le secret c’est la lumière, l’avaler bouche bée, gueule ouverte au bord. Gueule ouverte en plein, en plein air sur le sentier, à pleine erre, je vole. Je vole. Vois-tu pas que je vole ? Non, je ne suis pas folle, c’est l’air, c’est la lumière, ensemble avalés.

J’ai gobé assez de couleuvres, avalé assez de crapauds, assez dégueulé ma misère pour crier aujourd’hui sans prétention ma vérité. Ni vanité, ni faux airs, un air de peu, un air de rien, comme s’approche l’heure du départ, l’heure de vivre, le droit et le vers soufflé. Souffle-moi, dis, et m’envole, des vers je n’en écris pas, ne sais. La couleur m’a prise avec la lumière, le souffle avec l’air, le temps vif de la liberté.

J’aurais dû faire ça il y a des années, j’avais un frein à ronger et mes chaînes d’acier. Être. Osier se nouer, se former, souple se faire. Je vais devenir, les dés ont roulé. Je vais. J’y vais. Je cours déjà au bord de rien et vos sourires entre mes bras.

Je reviens.