Il faudra bien écrire un autre monde, puisque dans celui-ci nous n’aurons jamais place. Puisque dans celui-ci on ne tolère les battements d’un cœur qu’à condition qu’il soit soumis et obéissant.

Ils ne savent faire que ça, soumettre, et le monde part à la dérive de leur tout de suite et maintenant. Nous sommes à la merci d’enfants foires, qui achètent, qui vendent, qui jettent et qui recommencent. Enfoirés.

Ouvrir les yeux et vivre c’est déjà déranger. Vouloir sous le soleil une place et un chant, c’est subversif, outrageusement. Nous en sommes réduits aux quais neuf trois quart des imaginations rebelles. Il faudrait pourtant en sortir, au prix de quelles guerres, au prix de quel sang ? Oh, nous en sortirions vainqueurs peut-être une fois encore. Ils possèdent tout mais ne savent rien faire.

Je regarde mes deux mains, j’écarte mes dix doigts et j’enjoins. Je m’enjoins. Je leur enjoins. Apprenez. Subversion au-delà, subversion permissive, subversion inventive, nous n’avons plus d’autre choix que prendre en main. Ou crever. Prenons. L’aurore aux doigts de rose et les ciels partagés, les bleus, les noirs, les clairs, prenons le murmure clair des petits matins vivants, les oiseaux, le vent à l'échancrure, prenons compte de tout et surtout de nature. L’univers. L'univers entier. Ne nous refusons rien.

Devenir mièvre, rejoindre ceux qui respectent la vie. La leur et toutes autres, ensembles cousues et liées. Nous n’avancerons qu’en eaux vives, le sel nous a brûlés. Devenir vert, oser, les excès, les langages cinglants. Les guimauves écœurantes nous ont coupé le vivre, le boire et le manger. Nos appétits distraits, déviés, éteints, pervertis et oubliés. Nous ne souhaitons rien qu’il n’aient voulu pour nous, nous n’avons d’autre issue que nous mettre en danger.

Ce ne sera pas difficile, le choix est fermé. Le danger ou la mort. C’est la loi de la vie, disent-ils, nous qui en voulions d’autres n’avons de choix que d’y repasser. Mais pas par leurs pas, s’il vous plaît, pas par leurs voies fléchées, et crever pour crever, debout et respirer encore. Lever le poing encore aux étoiles, engueuler les astres, les dieux, les orages et la pluie, et nus sous la nue, avancer, nom de dieu, sans savoir, pour rien, pour voir.

Ils nous ont confisqué aussi la seule richesse importante. La connaissance libératrice, insolente, déviante, virulente et tenace.

Revenir sur nos pas, respirer la lumière, brandir nos voix et suivre les chemins de traverse. Ne rien acheter, troquer, griller les relais financiers. Disparaître.

Trouver l’espace où disparaître et sans eux vivre. Et les laisser crever.