Je reprends au point « a », les deux « a » de hasard et j’aspire. Le h est levé, je respire et le temps suspendu, le temps étire la voûte étoilée. Lève les yeux, je reprends du début, des deux « a » de hasard et la lumière d’Aldébaran à la barre. Juste là. Je reprends.

J’étais dans la lumière, rappelle-toi. Juste là, au point « a » de hasard. Le hasard exactement, a mené mes pas sur le port et la lumière, cette lumière-là, la lumière de là-bas. Elle m’a ouvert les yeux.

Un rire a grincé, une mouette sur le port, a plongé un canard marrant qui ne m’a pas menée en bateau. C’était beau. J’ai piqué la plume du guillemot pour l’écrire et l’encrier, l’encrier s’est gondolé. Vagues en rond, sinusoïdes. Qui a plongé dans le soir violet ?

J’étais là, juste bien, exactement bien. Il faisait un peu froid et la pierre ouvrait les bras. Je marchais. Je marchais dans la fougère, exactement là, exactement bien. Le vent frais au-dessus de moi, je n’avais pas froid. Exactement gaie.

Le souffle, tu vois, qui porte et qui chante. Le souffle en haut des falaises, la turquoise en bas, sans fracas. Perdue en plein août au milieu de rien, le pas assuré, le cul sur la grève, le vent dans les yeux. La paix. Exactement loin de ces gens sérieux qui ne savent de vivre que l’infinitif.

Vivre. Vivre à conjuguer, à l’envers, à l’endroit, vivre à délier des compassés d’autrefois. Vivre là. Vivre là. Vivre là pour ne plus vivre las, pour ne plus vivre lasse, délacer les corsets raides, dévaler les pentes des envies, sans les mains, sans les pieds. Sur le cul.

Sur le cul j’en suis restée. Et toi tu me regardes regarder tout ça, respirer jusqu’à exploser, tu me regardes jubiler. Hilare et sereine, la vieille, le vent dans les yeux. Tranquille. Nostalgique déjà de ce nulle part qui l’a choisie. Qui l’a choisie. Tu ne te rends pas compte. Choisie. Elle. L’autre. Moi.

Et je eut un pays.