Dans la violence extrême d’un monde verrouillé, refermé en étau sur ceux qu’il intègre, confisquant tout à ceux qu’il laisse dehors, chacun croit voir l’autre comme un privilégié. Quand c’est l’oligarchie qui nous condamne à ces vies de bagnards ou d’exclus, elle tente encore de nous dresser les uns contre les autres, imbécile et bornée. Il faudra bien, pourtant, que quelque chose arrive. L’explosion de violence nous sera fatale à tous, riches et pauvres, les hommes disparaîtront dans leur chaos puisque nous ne savons toujours pas sortir. L’univers est resté hors de portée, la seule réelle utopie sur laquelle nous ayons misé, celle de l’avoir et en l’occurrence, avoir des ressources, avoir de l’espace. Explorer les galaxies.

Reste ultime à jouer et comme neuve la carte de l’intelligence. La carte de la main tendue, ferme et sans concession à la traîtrise, parce que nous n’avons plus le choix. Un sursaut de l’espèce ou nous paierons tous ensemble, enfin, et en l'occurrence en espèce. Riches et pauvres alignés sur un pied d’égalité, celui des ressources épuisées. On aurait pu faire autrement. Oui. On aurait pu. On aurait pu continuer jusqu’à avoir grandi assez, et se multiplier n’est pas grandir, on aurait pu se donner le temps. Le temps de réaliser que notre seule richesse est le temps passé et à passer, à dépasser.

Rendus à nous dépasser, à trouver notre place, et notre place est de durer. Notre espace se joue en minutes, jours et heures, laisser à tous la place. Les arbres nous montrent des voies millénaires, on peut rester à la lumière, longtemps. Que pensent les arbres qui nous dominent ? Nous en faisons des allumettes et puis voilà, et puis tant pis. Tant pis pour le soleil, pour la lumière et pour l’ombre. Tous pareils. Tout pareil et gris, et l’ennui. Vacillent les flammes des bougies, s’éteignent les lucioles et disparaissent, les petits rien, les gens de peu qui avec leurs cals tenaient le monde entre leurs mains. Soigneusement. Tout trop grand, trop grands nous avons voulu être, et somme à somme devenus moins nous sommes. Ne sommes plus que ce qu’avons et je veux retourner.

Je veux retourner en arrière, les yeux pour voir, la peau pour toucher, l’oreille pour entendre. Donner à. Être et faire, partager, retourner à l’artisanat. S’asseoir au bord des ondes et écouter vague le monde lécher nos pieds et fracasser la plage. Rendre au monde, libres, ses liquidités et ses airs, et nous laisser porter. Mais. Nous avons perdu, dans nos mains les cals et les savoir-faire. Au moins s’asseoir au bord des lames et l'œil brouillé, au bord des larmes regarder. Chercher ce qu’on pourrait sauver.

Il n'y a qu'une question. Est-il temps ? Peut-on encore sauver l’humanité ?

Et les ouistitis. Aussi.