Le même verbe, Lola, te sortait de la bouche, glauque et vase, un peu écoeurant.

S'envola le moqueur et les yeux de Lola avec. Elle y voyait avec un monde à ailes, inaccessible pour un moulin comme elle. Et elle tournait.

Tournait sur place Lola sous la glace, les yeux ailleurs, la réalité des autres lui était inaccessible comme un rêve qu'on n'atteint jamais.

Tournait Lola impuissante qui tout savait et tout voyait, mais en aucun cas ne pouvait sortir de l'étau de glace de ses rêves pris au piège.

Et les reproches tombaient, le merle moquait. Bouge-toi, Lola. arrache ta peau et tes chaînes, car c'est par la peau que tu colles au froid.

Et Lola hurla. Et Lola ragea. Lola tira et étira, jusqu'à s'écorcher vive et libérer son corps de sa prison de glace, rouge et sanguinolent.

Et Lola se hissa, dents serrées sur la rive blanche et noire, et blanche la neige la brûla, et noira la terre blessa son corps à vif. Tomba.

Tomba Lola dans l'inconscience, et cloches sonnaient, et jouaient douce musique les anges en son absence. S'enfouit son corps et s'endurcit.

Ne mourut pas Lola cette fois-là. Elle dormit longtemps sous terre comme rêvent les graines, en rêvant de ses yeux morts les rêves du merle.

Se réveilla un jour, s'étira vers le ciel, et le soleil était doux. Sa peau s'était faite écorce et rugueuse, le monde ne la déchirait plus.

Silhouette sèche Lola se leva et marcha, le merle revenu guidait ferme son pas. S'en alla à la recherche de ses pareils, pleine d'espérance.

Chantait Lola sa chanson de bois et de feuilles, dans sa bouche une musique d'herbes folles, et allait d'un pas ferme quoiqu'un peu cassant.