Toute seule était Lola dans le courant qui l'emportait, médusée. Quelqu'un pour la sortir de là ? Quelque chose ? L'eau est-elle un chemin ?

L'avez-vous jamais vue, Lola, en hiver ? Cherchez. D'abord, chaussez vos besicles et marchez. Trouvez le bord d'une eau, jeune et qui court.

Avancez le long des berges sages et qui s'évasent. L'eau toujours est vive, mais on ne le voit plus que par dessous, on la croirait assagie.

Le gel a lissé les rides du courant, un fin film opaque en surface. Déambulant vous voyez un tronc, la gueule crocodile immobile affleurant.

Le radeau chaviré et folie retournée, sens dessus dessous. Lola est là. Flottent au courant ses cheveux, un pan d'étoffe, un lent mouvement.

C'est le mouvement qui la révèle, sauf si neige pose son écran clair. Vous remontez votre col, vous avez un peu froid. Elle est gelée, Lola.

L'œil suit le fil, se pose sur une épaule, vous découvrez un visage, des yeux écarquillés, deux paumes appuyées de l'autre côté de la glace.

N'est pas noyée, Lola, elle vous observe, tranquille. On dirait. On dirait juste qu'elle regarde par la fenêtre, de son dedans à vos dehors.

C'est un peu froid les boréales. N'est pas noyée mais elle a froid, Lola, le crocodile ne l'a pas mangée et la baleine a recraché Pinocchio.

Vous passez sans l'avoir, comme si vous ne l'aviez pas vue. Retournez au lavoir clos où vos lessives ne gèlent plus. Il faut oser s'asseoir.

La tête un peu penchée, on comprend mieux. Dans son monde, elle est debout, campée sur ses pieds, le courant comme un souffle à ses cheveux.

Ainsi va Lola à vau l'eau, Lola en son hiver, le front à la fenêtre d'un courant figé.