Temps s'emmêlent, ne t'en mêle pas. Laisse aller ou gare aux nœuds.

Au pays de Lola descendons les artères, battons rouge sang les temps vivants. Au flot jetons-nous sans hésiter, et secouons un peu nos vers.

Où nous mènerait-il, disait-elle, le radeau des médusés ? A suivre le courant sans rien y chercher, on manquera d'eau comme on manque d'air.

Refuser de ramer, disait-elle, est la première nécessité. Ne pas se laisser attacher. Ne pas se laisser porter, avide. Entrer et appartenir.

Entrer. Elle est toquée, Lola, entrer quand on a réussi à sortir, qu'on a réussi à sauver. Sauver les meubles et sa peau. Et qu'on s'ennuie.

Elle est tombée, la nuit, douce, de noir en gris, étole sur épaules. Le gris c'est la fumée des nuits d'hiver, la pipe du bonhomme de neige.

Le noir c'est la dureté des temps coupants, c'est la douceur aussi du ventre des mamans, le paradoxe de la vie, qui veut bien, qui fait mal.

Le noir, c'est l'aiguille du temps qui pique et repique à grands points hâtifs des vies décousues, au tic-tac dans ses ateliers clandestins.

Alors elle prit une feuille blanche, Lola, la lissa, comme ça. Puis cassa l'aiguille de la pendule et ne vit plus le temps passer, comme ci.

Piqua l'aiguille au noir de la nuit et les yeux fermés commença d'écrire. C'est ainsi qu'elle devint sans être et lissa l'écorce d'un tronc.

A l'envers de son eau sur le radeau retourné, Lola marin d'eau douce barrait sans se barrer, corrigeait et biffait, et les mots ricochaient.

Rien ne disaient de l'histoire mais tout d'elle, et la lune était froide. Mais nul ne lut ni sut rien, chaque matin l'encre nuit l'effaçait.