La vie va dure à vive allure et le temps se défait. Ça avance. On ne sait pas vraiment où est le mur ni quand il nous arrêtera. On ne sait même pas si on s’y fracassera. On y va. On explose ou c’est le mur qui craque. Ou on traverse le miroir et on s’y trouve hôte, on s’y retrouve autre. On y est toujours. Ni vivant ni mort, ni étanche ni noyé. On est resté. C’est tout.

Ça avance. Ça nous pousse. Un vent, un frôlement, une tornade, un séisme. On ne sait jamais au devant de quoi on marche. On sait juste qu’assis, couché, debout, on n’y échappera pas. On sait seulement que quoi qu’on fasse il n’y a pas d’exutoire. C’est un monde sans issue, ici, un monde en impasse, ce que tu es con, Bon Dieu, tu aurais pu prévoir la sortie. Mais toi aussi elle te dépasse. ce serait ça, l'éternité ?

Alors on laisse tomber la pluie, le déluge nous accule aux toits, avec les chats. Avec les chats on atteint l’éclaircie, et la première qu’on voit, c’est la lune. Comme ça. Comme dans un livre pour enfants, entre deux nuages. Et piquées autour les étoiles en épingle. A nouveau on voit. A cela on sait que la lumière est revenue. Et la lumière nous montre le même endroit.

Un toit. Des tuiles ou des ardoises. On s’y couche pour ne pas tomber ou on y écrit dessus des messages, qui, si près qu’elle soit, ne verront jamais la mer. Reste à dire, à parler, à chuchoter, à crier. Hautes ou fortes, les eaux porteront nos voix. Nous y marcherons dessus, ou nous y glisserons en toboggan ou nous y sauterons en bas, et elles nous amortiront. Froides ou chaudes ou courant tièdes où dériver.

C’est toujours la vie qui perd, au fond, il faudra frapper du talon. Remonter ou bien muter. Respirer. Lola toute chaude, toute douce, toute grise, comptera sur la plage les étoiles à la mer tombées. On les rendra à l’eau de sel, pour rire et pour rêver. Encore. C’est toujours la vie qui gagne, toujours et jusqu’à la mort qui n’est rien, jusqu’à la mort qui ne peut nous effacer que parce qu’elle n’existe pas.

Gomme à l’âme, voyez-vous ça, gommer l’âme, comment pourrait-on faire, il faudrait tout d’abord la tenir et la poser, la maintenir. Tant enfer ils nous promettent, et c’est ici qu’ils le mettent. Hautains, méprisants et rigolards, sarcastiques les anges noirs, tout noirs si haut qu’ils soient montés. Ricanez, messires, derrière vos murs clos et vos portes fermées. Riez qui avez choisi les barreaux les plus durs, riez.

Vous ne m’empêcherez pas de penser. Quand les soies de l'araignée nous entravent et quand le silence se fait trop bavard, il faut se méfier.