S'asseoir sur roche et regarder. Flottement de bouchons sur l'immensité vague. L'espace ouvert aux possibles, les impossibles détournés de nos regards fixes. Les impossibles vivants et chauds, palpitants, juste à côté de nos corps figés. Nos langues paralysées et qui ne disent plus rien, au clavier nos doigts gauches.

Nos mains ouvertes avaient redessiné l'espace, restitué à l'entier les univers croisés. Mais l'espace jaloux a ouvert une faille, remis nos faillites à l'œuvre, nos méprises, nos interrogations, nos incompréhensions, et le temps grain à grain de nouveau s'accumule plutôt que de passer. Le silence s'est replié sur lui-même, encoquillé, rentré. Rendu à l'isolement, le silence a perdu ses sens.

Ce n'était pas jeu, le miroir fracassé avait rendu nos âmes. Ce que nous avions repris nous appartenait, de tous temps. Le temps, le temps dépassé, tranquillement, le temps perdait sur nous ses droits. Nous étions, là, un peu moins las. Mais le monde. Le retour de l'aréel. Les marées vidées. Les ciels obturés.

Tant de mains sur moi ne m'auront pas touchée vraiment. Et ce tu insondable, qui se laisse approcher sans qu'on sache tout à fait, pourquoi soi. S'éloigne, sans qu'on en sache plus. Le temps de retour me plombe, lourds accents de solitude retrouvée, que j'avais cru un moment écarter. Le regard du loup, un instant retenu, et le souffle dans ma poitrine revenu. Le regard du loup, un instant retenu, et perdu.

Je redeviendrai pierre et je n'aurai plus froid. Au noir des nuits sans lune, j'écouterai les cris d'une bête sauvage revenant à ses fourrés serrés, obscurs. J'écouterai la rumeur des orages dans le loin, j'entendrai pleurer le vent et rager les nuages. S'éloigneront étrange les sensations, je durcirai, s'effaceront les traces du je, ne saurai plus rien, ni du reste, ni de moi. Je tomberai pierre dans le vide, disparaîtrai étincelles touchant au but.

Je vais mourir d'avance, il faut bien vivre.