S'asseoir sur la grève et regarder autour, humide et froid, le vent. Le vide. La retenue l'arrime là sans raison, une encre passagère qui flotte et se dissipe. Labourer encore le même sol, explorer la même veine, la sienne, lire et relire toujours les mêmes, lier et relier. Regarder droit et flou, paupière froissée, griffée, tremblée, demander sans un mot. Où est "tu" ? Hais-tu ? L'indifférence passe, méfie-toi des tièdes, méfie-toi.

Elle est lourde sans peine, c'est sa nature, regarde-la que tu n'as pas vue. Immobile et coite, inquiète ou sereine, selon. Ce n'est pas la girouette, qui tourne, c'est le vent, et saigne la rouille, désabusée, usée, saigne le fer rongé des temps incertains. Ce qui l'ancre, elle ne sait pas, au large les horizons interdits, et la folie sourd de ses chaînes. Obstinée elle persiste, pas signer. S'enfoncer loin dans le silence comme dans une eau profonde, une voix que nul n'entend lui dit que c'est là.

Ni vérité, ni réalité, ni certitude, point n'est besoin de preuve pour ce qui est. Elle est et vous dormez, fourmis agitées toutes affaires incessantes, fourmis somnambules aux pas désordonnés sur les routes implacablement droites des itinéraires balisés. Elle est, c'est ça qui est lourd. S'alléger c'est disparaître. Elle dense, immobile dans la tempête, vos tempêtes artificielles de chevaux débourrés. L'ivresse la leste et vous dansez, poupées mécaniques et bien remontées. Elle écoute.

Elle tombe, elle est roche, elle est pierre, chaude au soleil, froide au gel, elle tout absorbe, mais on dit à pierre fendre. Le gel fend la pierre et la pierre pleure, la marée monte, l'amarrée noyée dans le vert de gris, les eaux vertes sous le soleil. Ainsi naissent les sirènes, le chant de tout le monde à la bouche, et tout le monde accourt, et elles s'en foutent. Leur chevelure goémon flotte à la plage et s'échoue, la grève dégorge les âmes effilochées, leur queue de poisson pourrit et embaume l'air. La saine odeur du goémon.

Elle plombe et s'enfonce sans savoir, elle s'efface en surface, elle semble disparaître, c'est le sable qui l'absorbe, émouvant et mouvances intérieures comme des conduites déplacées. Interdites. Le temps rongera ses chaînes, patiemment, quoi de plus patient que le temps ? Quoi de plus lent ? Le temps rongera ses chaînes et la dérive la prendra, et folie enfin pourra faire œuvre de sagesse.

Déchaîner. Laver. Oublier

S'affranchir.