Comment taire ? Commentaire comme en terre, comme on dit taire. Terre étrange et familière, langues étrangères. Voix sans issues où passages se créent, ou pas. Voies pavées de bonnes intentions. Le chemin d'ardents au charbon cache le sol de charbons ardents. Attendre la nuit pour trouver la lumière. A tendre l'ennui, on désespère. A cloche-pied la claire-voie, le secret révélé en silence. Au royaume des ombres, les aveugles sont rois. Au royaume des nombres effacer tout ce qui ne compte pas.

S'y taire comme on rince à la pluie les poussières. Les orties fouettent les sangs, la vie, ma foi. La vie. La foi. Ce qu'on croit ou pas, ce qui est. Ce qui est de non-verbe, de non-dit, ce qui est sans façon, sans interdit. La vie au pied de la lettre, sans mot pour se dédire. La marée se retire et livre le temps de rien les secrets des amers. La vie en plongée plutôt qu'en contre, cap sur l'univers.

Voler. Voler le feu aux odieux, ne plus laisser plumer les anges, planer sans idée préconçue, planer sans arrière-pensée. Laisser aux superflus la vue sur la comète, lui tirer la queue, pour voir ses artifices, ses étincelles. Respirer batracien, faire souffle de toute eau sans faire eau de toutes parts. Vie à la coque brisée, tuée dans l'œuf en germe l'idée d'être. Être sans idée, juste être, sans avis ni leçon à recevoir, à donner, être le con du dîner, celui qui se contente d'être invité.

Chaque mot, chaque pensée, chaque battement enfermé dans une allumette, construire ses tours à effet, dévier dans ses veines le cours gelé des idées noires, sang caillé glaçant le cœur. Passe le temps imparti, le sablier vidé, boire la mer et ses étoiles amères, clignoter, un peu, le temps de se rappeler la lumière. Vaciller. Hésiter. Encore un pas, encore un peu, une cuillère éraillant l'émail de tes dents, avaler à contre-cœur, pour papa, pour maman. Tu me comprends.

Le facteur cheval a ramassé les cailloux du petit Poucet. Au noir de la forêt, les loups et leurs yeux jaunes, les enfants perdus, Peter Pan. Tout est là. On ne retombe pas en enfance, on y reste. Alice a beau grandir, dire adieu à ses pieds, elle est enracinée dans sa première glaise. Les semelles de vent aspirées et Arthur revient fou sans devenir. Qui étions-nous, en somme, quand le hasard donnait un sens à nos pas ?

Le vent souffle, éparpille et efface nos traces. Perdus de vue les princes sonnent minuit aux carrosses, et les chats se débottent à la mort au rat. Le rat cocher fouette le temps, trop vite, trop loin et nous dedans, secoués, émulsionnés, l'émotion centrifugée en mousse délicate sur la vague molle de nos rêves usés. Nos rêves écumés, dégraissés, transitoires. Nos rêves perclus en périssoire, touchés, coulés. Nos rêves désuqués, nos yeux fermés pour retenir ce qui reste du monde.

Nos yeux fermés sur nos images et la fuite salée sur nos joues de marbre froid d'un reste de vivant. Éclat ulcéré d'un rire de plein fouet

Lumière.