J’ai changé les litières. Il est parti. Il est parti comme on laisse aller, il est parti tout seul, et c’est moi qui partais. J’ai changé les litières. J’ai feuilleté les photos, j’ai feuilleté les images. Les yeux. Les griffes. La fourrure épaisse. Les vibrisses. Les détails, à plein et à délier, j’ai feuilleté. Il est parti. Ils leur ferment les yeux et ils les font partir dans la lumière. C’est ce qu’ils disent. Pour un peu, ils leur diraient des prières.

Il est parti, il est partout. Sa caisse de transport, dans le coffre. Sa caisse que j’y avais laissée pour revenir le chercher, vite. Je voulais le reprendre de suite, je voulais, une poudre de perlimpinpin, un tour de passe-passe, un coup de baguette magique. Elle m’a dit qu’elle le gardait. Elle m’a dit qu’elle appellerait. Je suis partie. Il était déjà ailleurs. Il est parti. Il est ailleurs. Il est partout.

Dans mes pattes, tout le temps, sauf quand je l’attends. Je le vois partout. Je l'entends. Je revois des photos que je n’ai pas pu prendre. Tout debout en chat botté, les deux pattes sur mes cuisses, pour que je le prenne dans mes bras. Impératif. Impératif aussi, le petit cri qu’il poussait avant de sauter sur mes genoux. Son cul sur mon clavier, sans gêne, ses coups de tête contre mes mains, contre mes joues. La longue queue noire qui balayait l’écran tactile, qui ouvrait et fermait les windows.

Il est partout. Dans mes bras et qui tète, ses grosses pattes sur mon bras tout éraillé, et les griffes qui s’ouvrent et se ferment, les yeux clos, tout ronronnant. Sa grosse tête au creux de ma paume. Mes deux pouces au long de ses joues. Ses dents douces sur le dos de ma main, et qui ne se referment plus. Sa langue râpeuse sur ma joue. Mon visage dans sa fourrure chaude.

Il était sucré-salé, doux et piquant. Il était. Ça y est. Je parle de lui à l’imparfait. Il ne sautera plus, lourd, sur ma couette, pour dormir sur ma poitrine. Il est parti.

Je l’ai dans les yeux, tout le temps, ça me coule salé collant sur les joues dès que je me détends. Je ravale en noir et blanc ma boule de poils, tout le temps. Je marche encore, je suis ailleurs. Je suis défaite. Je suis liquide. Je suis debout. Sous la pluie je reste droite. Il y a des phrases prémonitoires, c’est notoire.