Aux quatre coins aussi les étoiles peuvent briller, sans fards autre que piqués. Elle était là, depuis si longtemps à l'écart et c'est comme si elle n'était pas. Elle n'était pas, ne serait jamais, au trou plutôt qu'au coin, noire, elle ne serait jamais puisqu'étoile elle n'était, sans cieux, sans dais, sans délais, elle renonçait.

C'est si facile de troubler les eaux mortes, elle n'avait pas bougé de tant et temps, étang s'était faite et vase en limons engloutis, des restes. Penchés par hasard sur sa surface inerte, de passage des silhouettes et des reflets. Rien à voir d'elle en ses profondeurs discrètes.

Moire et reflet, rien plus, rien moins, rien à elle, rien d'ailes, elle arrimée, plombée, prisonnière d'elle-même, de son propre poids, la boue dans la bouche, démons et merveilles vert de grisés, jalousies enlisées, les cils baissés et le regard censuré, les chaînes à ses poignets, à ses chevilles, les chaînes lourdes d'une fausse sécurité.

Les dents serrées à sang sur sa langue morte, le silence à l'amuette, pesé, pesant. Les rêves d'évasion, la main tendue à l'inaccessible, à l'inattendu, à l'improbable, la main tendue et dans la paume goutte à goutte des sangs mêlés à l'improviste, la surprise.

Bien sûr, c'était moi. Mais mise en scène, jeux et tu étaient autres, dits et tus dans le même mot. Bien sûr c'était toi, mais tu n'existais pas encore, quelques empreintes de pas sur le sable d'une longue histoire mot à mot, effacés d'un temps l'autre, barbelé par vents ou marées. Rien n'existe, ici, tout à fait. Le verbe est un faux ami.

Ce qui existe n'a plus besoin de mots pour s'écrire.

Des pas interrompus au milieu de nulle part, l'impossible grand écart et l'intouchable à nouveau se matérialise, une brume froide masque et enrhume, un brouillard pénétrant glace en miroir. Une pellicule verglacée sur le fond de tain et rien ne voit plus. Où étions-nous ?

Tu. Le tu à l'intime et aux sens, profond qui se montre sans s'exhiber. Le tu sans fausse pudeur et qui ne cache plus ce qu'il voile. Deux enfants aux bras l'un de l'autre et qui laissent affleurer ce qui les fait fragiles. Nous sommes tous des enfants mal grandis et que rien ne console. L'eau nous lave, douce, ou brûle, le souffle frais ne change pas les peaux vivantes en statues de sel.

Se livrer comme on se délivre, comme on se met à respirer, le souffle si longtemps retenu se précipite et s'apaise. S'ombrer de concert et dans des eaux noires, descendre en profondeurs, présenter au monde un double mystère, fermé nacre et pierre sur des cœurs qui battent.

Conjuguer à l'envi nos verbes irréguliers, dire encore, dire ensemble des univers impossibles, se rejoindre enfin à l'inaccessible, juste au point de fuite. Mêler le sang chaud, le sang froid, réunir nos faces cachées, faire trembler nos mondes, un peu, pour rire et pour recommencer. Revenir aux débuts, aux sources, ne plus avaler, couler, cascader, bouillonner, eaux fortes, déborder, ne plus se laisser endiguer.

Rêve de soi. Rêve de soie. Rêve de soies déchirées.

Las, j'ai rêvé.