Petites heures volées au jour, sable de nuit gratté sous la surface des heures. Fragments de nos vies volées repris en catimini. Vivre caché, pas d’alternative. Vivre de boue et en sabots dans la glaise, voler à nos seigneurs et mettre nos toutes puissances hors services. Sans nous, princes vils. Préserver ce qui reste, en catimini.

Nos vies illicites, les inscrire au sol, les graver dans la terre meuble, et la trace de nos pas infertiles comme les cailloux d’un petit poucet inservile servira de guide aux petits poètes. Apprendre la clandestinité pour que survive quelque chose de plus que la mécanique immonde de vos univers plaquée implacables sur nos nerfs à vifs.

Devenir sourd et sourire, ironique, garder secrètes nos réserves et nos richesses. Attendre des heures son heure, grain à grain dans le sablier, les yeux retournés à l’intérieur. Tirez lisses vos surfaces, aplatissez les vagues, épongez les marées. De l’autre côté de nos regards avides, les univers se délivrent et dessinent au profond la force des émotions interdites. Devenir muet.

Nos langues secrètes crient haut et fort, que vous ne comprendrez jamais. Nos langues secrètes aux replis dissimulent sans rien cacher, aussi vrai qu’on ne cherche jamais ce qu’on a sous le nez. Nos verbes susurrés, ce qu’il transportent de sensation brute, ce qu’ils contiennent de cris retenus, ce qu’ils charrient de sang chaud et rouge et qui ne coulera pas sur vos chants de pierre. Nous vivons dans la boue fertile, où le chaud et l’humide font mijoter la vie.

Une marmite qui mijote, paisible. Vos bouillons brûlants renversés sur vos vertes vallées, vos terres noyées et acides, les dés sont jetés. Vous êtes déjà morts, déjà enterrés, déjà oubliés, vos derniers sursauts pour détruire encore s’enlisent peu à peu dans nos marais épais. La terre vous digère et nos mauvaises graines s’apprêtent à germer, paisibles, et nos mauvaises herbes effaceront la mémoire de vos méfaits.

Un peu de vie volée sur la nuit, rêver haut. Tous les mondes sont impossibles, même le vôtre. On n’est jamais assez petit pour survivre.