Au bout des contes, toujours, les questions. Sans réponse, cette fois, ne rien dire, plus rien, que ce qui est. Enumérer comme on égrène, paisiblement, la réalité. Pas chercher à reconnaître les sexes, des chats nouveaux-nés, des anges, ni des poètes, c'est sans intérêt. Se prendre comme on est et ne plus se méprendre, et l'on pas si con sera l'autre et soie, pour une fois, entier.

Assise en ailleurs au ciel de lire, méditer avide. Liberté altérée, soifs. Assises. Découvrir étonnée dans l'insensé un équilibre inédit. La voix de l'hôte en éclairage, les questions qu'on ne se pose pas et qui ouvrent là des fenêtres oubliées. J'ai été. Je serais ? Je serai ? Se conjuguer au futur et sans savoir quoi, du temps et des verbes, mode éventuel. Au vivant ?

Ouvertures. Paris sort le si de sa bouteille et se remet à vibrer. Et si, comme on dit pourquoi pas ? L'air doux de la mer lavé des amers, mains tenues serrées, tituber de concert, avancer chaloupés. La raison arraisonne l'équipage hésitant, le neurone court-circuité tourne en boucle, la même question sans réponse. Est-ce que j'ai le droit ?

Le droit, dit-elle en riant dément ciel. Le droit au détour, au contour, au torve du serpent, le droit, et pourquoi pas le coudre de fil blanc. Le droit quand on passe sur l'envers, posément, et qu'on mise sur l'enfer. Le droit ! Le diable éclate, mâchoire ouverte, et son rire tonne. Le droit, passé les bornes et les limites. S'arrêter et regarder, autour le paysage n'a pas changé. Le monde est monde, quoi qu'on y fasse ou efface, le monde persiste et ne cesse pas d'assigner.

Le droit au détour et au décours, le droit au travers, aux traverses, aux travers, les droits en détroits, les passages étroits, trop serrés les virages à la droite, et l'angoisse en perles acides ronge au dedans et sans rien dire. Blanches les terreurs et les nuits, noire la fatigue, je suis usée. Usée. Ça m'aurait étonnée, aussi. J'aurais bien aimé. Etre étonnée plutôt que détonnée, j'aurais aimé.

Une envie de noyade, la chute lente au fond et au froid, absolu comme le vide, disparaître, si on pouvait. Les eaux trop claires pour s'y cacher, se dissoudre comme sel à la marée, se jeter comme on rentre au port, épuisée, essorée, s'abîmer aux eaux profondes, s'oublier qu'on ne sait plus supporter.

Pas à pas arriver au dernier, celui qu'on ne peut plus. Pas à pas s'effiler, se défaire et s'affaler. Pas à pas, le dernier. Le dernier. Le dernier. Plus jamais se lever, ni soir, ni matin. Plus jamais rien. Pas à pas, et abandonner. Dents serrées, renoncer. S'asseoir là, plus bouger. Je ne sais plus où trouver l'énergie. Je ne sais plus où trouver, le courage je l'avais, mais les forces. Les forces de l'absurde me renversent, et les scies sur le derme, les dents profond dans la chair, le rouge strie sur le corps, invisible, et les cris acérés.

Le silence me tue. Terrassée par ma propre inexistence. Terrassée. Le cri déchire ma bouche cousue, un cri de bête interdite, un cri de bête entravée. Un cri de bête forcée. La rage à l'agonie, l'à quoi bon à son paroxysme, l'insupportable à repousser. Ou mourir.

On n'en meurt pas. On n'en meurt jamais.

L'araison hystérique me saute à la gorge, en hyène hébétée. Retour à la réalité.