Les mots dans la tête, tus, on tire dessus, on regarde. C'est parfois étonnant de découvrir ce qu'on ne savait pas penser, oui. Étonnant de se découvrir autrement qu'en miroir, dans le bon sens, et les sens de la vie. Et le monde entier sort en lignes noircies, on se met à voir, à entendre. Pose, pose les mots, je regarde et je pose comme je peindrais le monde si j'avais une main droite. Je n'ai que mains maladroites, alors je dis.

Et le monde tourne lent et lourd, et je regarde loin, ailleurs, des ailleurs au pas des portes closes. Imaginer le réel qui se dérobe. Inventer la vie qui se détache. Écrire pour être, écrire sa place ici pour la trouver, écrire en rond comme le chat qui dort ses rêves de souris tremblés. Ecrire les murs dressés du labyrinthe et les heurts en silence, écrire la lumière devinée, loin, jamais atteinte, écrire les pas perdus, les chemins qui égarent, écrire l'écho de sa propre voix dans le désert.

Ariane jetée au labyrinthe a cassé son fil dont parfois elle retrouve un brin, et elle court vers le jour, elle court mais ne trouve que reflets. Ariane perdue en large et long fait sa pelote inutile, qui jamais ne ramène qu'à faux point de départ. Ariane s'arrête pour écouter, quoi d'autre, les reflets sont menteurs. Ariane s'arrête, se tait, entend des voix, des voix éloignées, de l'autre côté des murs, du côté où la vie est libre. Des voix inaccessibles et qu'elle ne suit plus, des voix qui la perdent un peu plus.

Et puis les voix des égarés. Il faut chaque fois retrouver la bonne source, l'origine, lancer la pelote loin, espérer qu'une main pourrait l'attraper. Tirer doucement comme on pêche une idée, tirer jusqu'à la résistance qui accroche et arrime, l'ancre qui assure, rassure, rétablit. Grimper au fil comme on grimpe aux murs, escalader l'écho et les préjugés, et suivre les voix recluses des discrets. Ariane au mur du labyrinthe, tout en haut, funambule et saute, de paroi en paroi, refait sa pelote en Pénélope, d'une main en avançant vers l'autre.

De l'autre côté des murs d'autres murs et le pas chancelle. Avancer d'écho en écho, le fil accroché n'importe où, à n'importe quoi. Les murs resserrés sur le souffle haché s'étendre en haut et sans bouger, le corps raide pour ne pas retomber. Sur le dos regarder les étoiles inaccessibles, sur le ventre ramper au hasard, sans savoir vers où on avance, écouter les voix, séparer les échos du vrai. Deux pieds, la verticale et le vertige, les vents qui soufflent doux ou trombe, et qui tombent ou nous tombent. Je suis un pas dans le vent, hésitant, un pas en altitude et qui chancelle, le vide en bas, le vide en prison close.

Le fil des mots sereins ou inquiets, les tours prend garde ou sans, ouvertes à tous vents, et le temps qui attend, le temps que j'ai mangé. Toute une vie pour digérer.