Je dans le goudron noir des mots et le pilon qui mêle en pâte épaisse les ombres et les lumières. Je suis la nuit et l'arc-en-ciel, au sombre des trous noirs je m'avale moi-même en serpent boa qui se mord la queue, et l'univers me recrache en rayons de couleur. Ni début ni fin, le lent recommencement des jours et des nuits au tournis long des planètes.

Baba Yaga égarée, retournant chaque poulet dans la forêt sombre des idées noires pour retrouver sa maison, Baba Yaga sur bec tombée, toujours, et repartie perdue, marmonnant grincheuse en jurons et sorts mauvais.

Crapaud et araignée, l'un lourd quand l'autre file, étoile de soie au clair matin enfantin. L'empêtré dans ses pustules, un miroir de boue, et qui rêve les princesses, l'embrouillée dans ses fils par les vents mélangés. Renverser la vase et recommencer, il était une fois, Baba Yaga dans son mortier, qui rempilait dans la morosité.

Le sang mêlé au noir goudron, et la bonne fée coiffant Carabosse sur le fil de l'araignée, la bonne fée ajoutant les doigts de rose de l'aurore, le premier rayon du soleil, rouge et or, et l'impossible est né, la peau lisse et le visage banal d'un quelconque. L'impossible est né en inexistence, en gris sur gris, en insignifiance, en n'importe qui.

L'impossible à l'aveugle et sans savoir, sans comprendre, les yeux crevés au jeu des sept différences. Les orages et les tempêtes sous la peau, les secousses et les couteaux, la chaleur du soleil interdite de séjour, masquée, cachée, enterrée, enterré le soleil dans l'humus chaud des droits pliés. Les arcs-en-ciel au corps, nourris des averses grises et noires en gifle, les arcs-en-ciel poussent et découpent de leur lame fine, hachent menu les dedans en rouges débris.

Les sangs coagulés restés à l'intérieur et le cœur battant lourd, mais battant, lourd battant au corps, sombre son de cloche, en glas à l'humanité, l'enfance enfermée au placard sombre des avenirs prédécoupés, des pointillés imposés au nom de la liberté. La blessure transmise des enfances en dents de scie, et qui n'ont pas compris. Le silence et ses mots, déshabillés, masqués, le silence en fuite, hors d'atteinte se poser et tourner rond en rond pour se faire oublier. Disparaître.

Laisser là l'œuf mystérieux, laisser les chiens le flairer et les chats s'y frotter, laisser l'œuf de pierre lisse remplir son office de leurre, laisser ses reflets précieux chatoyer, éblouir et aveugler. La vraie vie est ailleurs, dans la pénombre douce des levers ou des couchers, dans les passages, les entre-deux, dans le frémissement de la lumière entre deux noirs, dans l'éclat tranquille des nuits claires, dans l'éclat fugace d'un mot arrêté.

Un mortier à l'immensité, Baba Yaga dans l'espace, minuscule et dépassée, les deux bras accoudés au rebord de la nuit, oubliant l'ennui et bouche bée, les yeux ouverts sur l'uni.