Pierre et pousse et passée sous silence, elle est puits couvert de mousses. Une chaîne rouillée grince aux vents éparpillés de cris qui ne lui appartiennent pas. Pierre et ponce, en haut le seau danse, percé. Au fond, loin sous la surface, un monde inventé pour respirer. Un monde lumière d'ombres au secret, l'eau miroite au-dessus des poissons transparents et des chevelures emmêlées des sirènes abandonnées.

C'était une voix, jadis, et qui chantait, c'est une voix qui se tait, désormais. Elle roule sa langue au treuil, mot à mot, en bras loin tiré comme pour remonter. Le soleil en face et la lumière en écharde au regard. Dans sa bouche des cailloux, jetés par chaque passant qui fit vœu dans ses eaux du temps qu'elles étaient claires, et les pierres du souvenir dans l'estomac. Les perles usées en reflets doucement fatigués dans les yeux, une grimace ou un sourire, tout dépend de l'angle.

Mousse et ronces. Un crapaud a embrassé la vilaine, elle s'est réveillée enlisée. Ni fée ni Carabosse, une vieille casserole cabossée, rien mieux, rien pire, que les herbes folles n'ont pas lâchée. Une vieille gamelle au cul usé, et là-haut dans un cercle sans magie, la vie du monde circonscrite. Un œil dessus, un seul, l'autre fermé par les eaux embouées. Envasée sans savoir remuer une oreille, les cris prisonniers de sa voix murée. Lâcher prise et se laisser couler, tout au fond, perdre langue dans l'oubli, chaque mot gobé par le margouillis.

Ne plus regarder en haut, ça lui donne le vertige. Des bulles folles remontent du cloaque et claquent, molles, à la surface épaisse des eaux croupies. Une vieille casserole rétamée, voilà ce qui reste d'elle. Un œil sur le ciel, comme un rêve de réalité, les cheveux en jouvence, au bain dans la fange, et l'autre fermé. Qu'est-ce qu'elle pourrait faire, ? Si elle sortait de là, elle ferait peur aux mioches, Alice l'interdit. Alors elle rêve dans la boue, couchée, elle rêve dans la boue, cachée, la bouche pleine de pierres, elle se tait.