Tristesse d'effraie
Par Ginette Fanfiole le dimanche 5 septembre 2010, 12:26 - Instants en instance - Lien permanent

Il y a des conditionnels qui m'effraient, ma plume je lisse et fuis les portes des granges. L'œil doux des nocturnes, caresse arrondie et écarquillée, la lente valse des vols planés, les ailes relevées sur le bruissement des silences habités, le ciel assombri et la lanterne dorée. Le silence en enveloppe de plume, doux duvet ou plume d'acier pour gratter le parchemin brut. La peau griffée à vif, tatouée à l'encre noire au sombre de nos idées pour sourire au soleil sans arrière-pensée.
Les clous au bois semés en pare-chemin, s'égarer et renaître, ni ici, ni ailleurs, fuir en zig et zag, sérieux s'abstenir, s'il vous plaît. Aux petits bois de mon cœur, les clairières au secret, aux secrets, et sur les hautes branches, haut perché, la tête levée au ciel et cherchant la face cachée de la lune, le rêve, éveillé et qui guette, comme à la hune, au mat, la vigie sur les eaux incertaines.
Le rêveur, qui est-il ? A-t-il une âme ? J'aime. La fourrure douce du singe qui rêve aux étoiles. Animale et sans penser, brute et sans mot sur l'émotion, juste un bruissement, le dessus des eaux qui vibre, regarder tomber les feuilles fanées, petits esquifs de rouille doucement posés en surface, et partir avec eux, les yeux vagues, flotter sur un frisson, trembler. L'automne est doux à l'âme après les brûlures de l'été, et le vent frais.
Personne au bord des eaux, nul reflet, ni fleurs, ni narcisses, la saison est passée. Le silence est fermé. Marcher sur ses rives asséchées, les yeux sur les pierres, ou à cloche-pied dans le lit des rivières taries. L'arbre mort et les branches cassées sous le poids du grimpeur, la chute, le désert et la bouche grain par grain ensablée, le rêveur est tombé. Ma main dans son pelage meurtri, j'arrive trop tard et les étoiles amères pleurent en vain.
Le singe m'a mordue. A la marelle, sauter l'automne à pieds joints, l'hiver commence tôt cette année, le singe ne rêve plus.