Univers entre chats et loups
Par Ginette Fanfiole le mercredi 25 août 2010, 14:46 - Bouteilles à l'amer - Lien permanent

Ceci n'est pas une fiction. J'habite ici et sur la même terre que toi un lieu que tu ne connais pas. Ceci n'est pas un conte. J'ai des pouvoirs impossibles, et en particulier celui de disparaître, sans accessoire, aux regards. C'est une solitude banale et un silence impossible à entendre pour qui ne le vit pas. Ceci n'est pas une faute de frappe.
Or, tu ne me vois pas. Argent non plus, qui me permettrait de disparaître tout à fait de ce monde-là, de le nier, de l'oublier. Argent non plus qui faute de faire le bonheur pourrait noyer le poisson pas frais. Pas vrai ? J'ai marché sur ce boulevard, ça c'est vrai, et j'ai levé les yeux. Là-bas, il n'y a pas de ciel. Il n'y a que des étages, c'est étrange.
Des anges, parfois, aux étages, qui restent sur leur quant à soi. Je ne suis pas assez pure pour les anges, ma foi. Il n'y a pas d'autre explication, ou c'est la lumière qui me brûle les yeux. On parle souvent du sexe des anges, on prétend qu'ils n'en ont pas, c'est à voir. On ne parle jamais de leur couleur. Sous le blanc, ils sont noirs, parfois.
Je suis une magicienne, je retourne n'importe quoi en endroit sur revers, et la rose que tu caches palpite à ta boutonnière, que nul ne voit. Il faut fermer les yeux, pour y voir, bien écouter. Il faut savoir s'arrêter, quand il y a du monde je n'ose pas. Je me cache. Je me suis plantée sur le trottoir et j'ai attendu, j'ai attendu qu'îles descendent.
Il aurait suffit, que vous descendiez, il aurait suffi et le nez de Cléopâtre aurait été changé, la face du monde pourrait sourire, il suffirait d'un pas de côté. Mais pas de miracle, mes pouvoirs souvent se retournent contre moi, je suis invisible et personne ne me croit.
Je souris à mes anges, vous vous en contentez, les mésanges aiment le beurre sans compter. Les âmes en automne, dérisoires, et qui voudraient encore fleurir, les âmes tristes aussi sourient. Aux anges, et on croit qu'elles sont folles, et pour une fois je préfèrerais n'être pas vue. Je me retrouve prise la main dans le sac et le cœur au lac, les bateaux, les chutes, décrocher l'estomac.
Restent les ailes et fuir à dos d'hirondelle. Le plomb vole et tombent les cœurs, à l'eau et à l'aube des moulins. Au petit matin faire vœu en silence, ne plus rien dire, ne plus bouger. Tous les mots sont interdits, tu comprends, c'est pas du jeu. Tu sais très bien pourquoi je me tais, et l'eau de mes yeux noie les poisons. Je n'ai pas le droit.
Le piège a refermé ses mâchoires, on ne sait pas encore sur quoi, la meule broie, le bon grain ou l'ivraie.