Matin
Par Ginette Fanfiole le samedi 21 août 2010, 09:11 - Instants en instance - Lien permanent

Le soleil se lève pour rien ce matin, le bleu dur sur les toits me torpille et me coule, comme ça, au lever, le ciel est vide et l'étau tôt serré, en silence. C'est un silence froid, c'est un silence sans profondeur, un silence qui raye, un silence qui broie. Allons, soyons gais, aujourd'hui je broie du bleu. Ou le bleu me broie.
Comment je l'ai déjà écrit ? Absolument pas, c'était noir cette fois-là, noir, rien à voir, vous voyez bien, rien à voir. Là c'est pire que noir, je vois, voyez-vous, c'est ça qui est terrible quand le soleil se lève, je vois. Pas vous ? Dites-moi, que voyez-vous ? Que voyez-vous ? C'est curieux, vous êtes là, à quatre pas de moi, et ce n'est pas du tout, pas du tout le même bleu. Le même bleu uni, tiré, immobile, coi.
Le même bleu, un autre monde. Un autre monde. Un monde lisse et qui sourit, votre monde lisse où on peut vivre. Si vivre lisse est encore vivre. Vos sourires blancs, vos pas assurés, vos chemins sûrs, si sûrs, vous êtes si sûrs de vos vies. Etranges vivants enfermés dans leurs cercles fermés, sans pas perdu, ni temps gâché.
Le temps qu'on gâche, le temps qu'on perd, le temps qui passe sans que rien y passe, et c'est comme si votre bleu étiré par dessus vous faisait oublier ça. Oublier, la belle affaire, oublier, puisque vivre est un leurre. Oublier. Jusqu'à ce que l'oubli vous rattrape et efface vos itinéraires, vos allées et non avenues, vos convenus et déconvenues. Le même temps vide, c'est le bleu voyez-vous, c'est la nuance de bleu qui nous sépare.
Le temps éperdu et le bleu immobile, le vent absent, comme la vie. Le bleu froid, en bloc, et je m'y fige. Ce que je vois ne me plaît pas, ce monde-là éclairé dur, sans nuance, les ombres brutales et les traits accusés. Moi aussi, et je me lève, fatiguée, pour entendre encore une fois la sentence du condamné. Tu ne voleras point. Le ciel et le bleu, interdits, et la terre où marcher, la terre où marcher, définie, infinie, la terre où marcher dérobée.
Et malgré l'éclairage, la porte dérobée, il faut la prendre. Tu ne voleras point. Prendre la porte. Dérober. Fuite interdite. Le piège ouvert et loin au-dessus, loin de moi, le ciel, et parfois, inaccessible, un oiseau de passage. Trouver la porte. Alice, prête moi ta clé, la vraie vie est de l'autre côté, de l'autre côté, c'est en clair obscur, c'est certain. L'autre côté de quoi ? Faire le tour à pas mesurés, trouver la nuit, Alice, tu connais les vers luisants ?
Le soleil se lève pour rien, le matin n'est pas calme, il est mort, et l'été, l'été, vois-tu, l'été s'en va à dos d'hirondelle sans laisser mieux que terres brûlées derrière lui. L'ignorance me pèse. L'ignorance et le jour inutile, mes yeux vides, la direction unique, le ciel. Le ciel me manque. Le jour se lève pour rien, je ne sais pas où aller.
Commentaires
Petit cadeau contre ton blues...
"Ils n’aiment pas qu’on soit d’une autre couleur qu’eux
Ce qui est différent ce qui n’est pas comme eux
Ils ont tant de haine et ils ont tellement peur
Qu’ils tissent eux-mêmes la trame de la douleur
Ils aiment le pouvoir et la domination
Avoir une cible au bout de leur canon
Ils détestent tant la vie qu’ils ont faite
Que pour détruire la planète rien ne les arrête
Si dans leur obscurité tu ne vois plus clair
N’écoute que la voix du cœur, la voix de l’amour en colère
Rebelle, Rebelle, les laisse pas faire
Rebelle, Rebelle, défend la lumière
Ils voudraient faire croire qu’ils sont au Paradis
Mais toi tu sais bien qu’ils sont en Enfer
Il cachent les dégâts du mal qu’ils génèrent
Dans des prisons, des asiles, dans des guerres
Et si dans ce monde là, toi tu désespères
N’écoute que la voix du cœur, la voix de l’amour en colère
Rebelle, Rebelle, les laisse pas faire
Rebelle, Rebelle, défend la lumière
Et même s’ils ont fait de toi un loup solitaire
N’écoute que la voix du cœur, la voix de l’amour en colère
Rebelle, Rebelle, les laisse pas faire
Rebelle, Rebelle, défend la lumière" (Valérie lagrange, Rebelle)
Moui... Pas trop mon état d'esprit ni ma tasse de thé. Je préfère ça. Pas peur de vous (Mama Béa)
Merci pour le passage.