Père Peinard, donne-moi Lachaise
Par Ginette Fanfiole le vendredi 20 août 2010, 00:47 - Instants en instance - Lien permanent

Et puis il y a le mot de trop. Celui qui clôt les contes d'un crochet au foie, ça se commande pas, ma foi, le credo decrescendo qui s'effondre avec fracas. Un fracas tout intérieur et qui va d'abord se faire voir ailleurs, une fuite au pied du mur, passer le cap de bonne espérance et aller enterrer.
Enterrer quoi, dis, qu'est-ce qu'on enterre aujourd'hui ? Tu trouves pas que c'est assez, ces temps-ci, les mystères des cimetières, dis ? On pourrait pas faire dans le léger, dans le n'importe quoi, qui sait même dans le pourquoi pas, pour une fois ? J'ai pas vu ça, hein, je l'ai pas vu. Dis, je l'ai pas vu, j'ai mal compris ?
Tout est compris, ma petite dame, le service aussi. Gagnant, le service. Enfin, pour l'adversaire. Moi non plus je savais pas qu'il y avait un adversaire, c'est juste que ça vient de me frapper, là. Un esprit tu crois ? Un esprit farceur ? Laisse tomber poupée, quand c'est compris c'est compris. Laisse tomber.
Pose-toi là au pied du mur, les trottoirs c'est fait pour ça, ça écroule quand rien ne va plus. Réfléchis pas, laisse décanter, regarde devant toi les feuilles craquées. C'est déjà l'automne à Paris. Pour Pékin, on savait, mais Paris c'est inédit. Les feuilles qui craquent sous les pas, déjà, les balayeurs et la souffleuse, et l'envie d'y foutre des coups de pieds.
C'est bien les feuilles. Tu marches dessus et t'oublies que c'est juste ton cœur qui craque, le cœur sec du hareng saur et qui casse comme l'œuf dur sur le comptoir. Tu sais, il est terrible le bruit de l'œuf. Tu marches dedans et tu peux rire, les tas de feuilles mortes accumulées, c'est ton enfance en barre. Recule, recule encore, ça va aller.
Une spirale de plus au silence, et au fond ton cœur qui craque. Une spirale au silence, le bernard l'ermite s'y love. J'ai vu une tombe, tout à l'heure, marquée Bernard, rien que Bernard. Une tombe c'est comme un coquillage pour mollusque en transit, les corps désâmés s'y cachent, mets-la à ton oreille, tu entendras l'amer.
C'est quoi ces funérailles, aujourd'hui, t'enterres quoi, le corps du délit ? Il est trop tôt, l'est pas vidé encore, les huîtres ça s'ouvre au couteau, faut couper. Faut couper. Faut couper. Quelque chose te dit que la coupure est déjà ancienne, que le fil blanc ne tient plus, les histoires décousues personne n'y comprend rien. Tu marches dans les feuilles, ton œil sec comme ton cœur.
Ton œil dans le viseur, plus rien voir, regarder sans savoir, regarder ailleurs. Ni dedans ni dehors, ailleurs où la vie est rentrée. Tu regardes dehors avec tes yeux du dedans, tu ne vois personne que ta peine et la morsure du beau te renvoie au néant.
Encore un coup pour rien.
Les ricochets, encore.
Les ricochets.
Ben tiens.