Clown au marronnier
Par Ginette Fanfiole le vendredi 20 août 2010, 12:18 - Instants en instance - Lien permanent

Balayer devant sa porte, pourquoi pas, mais maintenant ? Avec les feuilles d'automne et mon cœur perdu dedans ? Et tout brûler aux jours froids ? Cendre je suis, et lave durcie. Pompéi. Les irruptions en éruption, les trahisons ne sont pas toujours où on croit, parfois le feu couve longtemps, s'insinue, serpente et fait son chemin, et ça éclate comme une châtaigne au four.
Une châtaigne, j'ai le cœur en automne, décidément, c'est pas l'âge ni la saison, non, peut-être les enfers pavés de bonnes intentions. N'empêche que ça claque, un big-bang pour une renaissance, on peut toujours rêver, hein, ça mange pas de pain. Ou plutôt ça en mange, mais ce n'est pas ce pain-là, et toi tu comprends pas, et toi tu comprends rien. Et ça coule en rivière, ça se déroule au ruban de l'illusion, ça tourne pas en rond, mais presque, et ça revient toujours sur ses pas, sempiternel éphémère.
Ecoute, le clown revient, il siffle une chanson gaie comme les trottoirs trop animés de la capitale. Trop animés, pour sûr, il y a du louche. Remarque, il y a toujours du louche quand il y a de la vie. Ce serait ça, être vivant, pouvoir être abîmé, toujours, et tomber de vertige en vertige sans retrouver sa tête pour la prendre entre ses mains ? Ce serait ça, pouvoir être disloqué toujours plus, déloqué et vendu au plus offrant ?
Reloqué aux affres du mensonge et de l'invendu ? Encore tourner en court bouillon ? Qu'est-ce que je fais là, encore, qu'est-ce que je ne fais pas ? Je ne force pas les portes, jamais, et même quand elles font semblant d'être fermées. J'ai laissé ouvert, mais rien ne rentre que les courants d'air. Les feuilles d'automne, quand c'est de saison, et la poussière.
Il restera quoi quand tout sera propre ? Il restera quoi ? Je vais te dire ce qui restera, il restera à se jeter des toits sur les trottoirs vitrifiés pour donner l'impression de la vie. Impression en rouge et noir, éclatée, triomphante, l'ivresse de la chute, sans souci de la perte. Tu vois, finalement, je balaie, obligée. Les os effraient les petits, faut enlever. J'enlève. Je souris. Mais c'est le sourire du clown, tu vois, tu ne suis pas quand tu lis, tu l'avais oublié.
Le clown qui continue d'aimer, même s'il sait qu'il faut se méfier. Le clown bête et qui s'expose, et les rires le glacent d'effroi. Il se mire et il se voit, chocolat, le ridicule ne tue pas.