C'est un malentendu. Ils croient que j'existe, la tangence, la tangence m'échappe, je ne sais pas qui ils voient. Une autre, c'est sûr, à l'objectif et noir sur blanc et positif, développé. Je ne sais pas ce que vous voyez. Vous ne comprenez pas que je n'existe pas tout à fait, une ombre, une velléité.

C'est un malentendu, vous ne pouvez pas me compléter, je suis entière. Je suis une photo pas révélée, une aquarelle trop diluée, une possibilité, une éventualité, j'existe et je ne suis nulle part, je n'ai ni attache, ni lien, rien à quoi me retenir ou m'amarrer. Je ne suis pas oubliée, je suis l'oubli. Je ne suis même pas à la dérive.

Je suis la dérive, un courant qui ne va nulle part, je ne fais que passer. Que passer, repoussée par la réalité. Je suis l'illusoire dans le tangible, l'impossible au temporel, l'impersonne, résonne et sais des à côtés, les bas, les vils, déraisonne, a-raisonnée. Je suis au fossé, défossée, inutile, au ruisseau, je ne m'emporte pas, ce qui m'emporte c'est l'inanité.

L'impermanence me noie, mais on ne noie pas les fluides, dissoute, séparée, je suis là, encore, éparpillée, dispersée, me rassembler, je ne sais pas. Consciente de chaque bribe éparse, morcelée jusqu'à la folie, jamais réunie, jamais reconstruite, jamais assemblée, les pièces mélangées et le tableau dérobé. Une vapeur dissipée et qui se perd, une déchirure qui s'étend, un sourire qui se déchire, et les yeux perdus aux horizons inaccessibles rivés. La vie distendue et mon souffle avec elle, aspirations écartelées.

Etre quelqu'un, juste être, m'incarner, le temps de rien, de me foutre l'eau peut-être, de me jeter, mais rien. Prendre corps, prendre voix, prendre pied, marcher. Je ne sais pas comment on fait.