Fruit défendu ou jeu interdit.
Par Ginette Fanfiole le vendredi 13 août 2010, 07:42 - Bouteilles à l'amer - Lien permanent

Puisque vous êtes perdus, à l'autre bout du monde ou au bout de la rue, puisque vous n'êtes plus là, moi non plus. Ceci n'est en rien poétique. Constat froid, état de non-lieu. J'ai dû m'égarer quelque part. Pas faute d'avoir ouvert les yeux, pourtant, écarquillé, esgourdé. J'aime bien ce mot, il sent l'amer au pavillon hissé. J'aime bien les mots, ça me fait marée.
C'est le sourcil qu'on hausse, d'ordinaire, et aussi le prix du super. L'ordinaire n'existe plus, moi non plus. L'extra. Les extras j'en fais peu, je n'en fais plus, vous n'y êtes pas non plus et il est mort, Ferré. A quoi ça sert ? Le super est parti à l'hyper, les courses au sac m'indiffèrent, les sourds muselés à l'annonce et à la soupe. On ne sait jamais.
Qu'un d'entre eux se mette à parler, vous voyez, se mette à gueuler que l'essentiel est confisqué, que le temps perdu s'est vexé et a décidé de s'arrêter. Comme ça. Sans délai. Voyez-pas que les délayés dans l'engrenage se mettraient à se rebiffer ? Qu'ils jetteraint les éponges et l'eau du bain au bébé, et qu'ils s'en iraient marcher, comme ça, dans le désert ?
Au clair de la lune ils iraient marcher, au clair de la hune la vigie crierait. Taire !!! Et ils cesseraient de chanter. Leurs chansons idiotes, leurs slogans, leurs credos. Tu vois pas que le pékin moyen laisserait tomber le tout en un. Déjà pensé, déjà cuisiné, déjà digéré, déjà chié. Etonnez-vous après qu'on s'emmerde ou qu'on emmerde son voisin. Ça occupe et la merde se vend au prix de l'or. Dur.
Ça passe le temps, faut bien. Rappelle-toi le début de l'histoire, le temps y est arrêté. Enfin le tien. Le mien. Le temps ne s'arrête pas pour tout le monde, faut pas croire. Pendant qu'on mijote il y en a qui se dorlotent, et il y en a qui crèvent pour de vrai. Tu sais, le pékin moyen, à l'est. Encore plus à l'est, le pékin d'Asie. Celui qui marine dans le chimique comme un cornichon en saumâtre pour délaver ton jean et assembler ton ordi.
Des peuples qui crèvent pour en lobotomiser d'autres. Pas belle la vie ? On appelle ça l'humanité. H-U-M-A-N-I-T-E. Rien que ça. Mais t'as beau tourner en rond et crier "Y'a quelqu'un ?", t'as jamais personne qui répond. Normal, z'ont tous un casque sur les oreilles et un MP3 dans la poche. D'ailleurs t'as oublié d'enlever le tien. Arrête de hocher de la calebasse, j'ai fini de causer. D'ailleurs je disais rien, je regardais. Et pi arrête de baver.
Des fois ça donne envie de cogner. Pas pour blesser, pour réveiller. Sont tous partis dans leurs tuyaux, n'y a plus de vie même dans l'usb. Ça cause. Ça dogme. Ça joue. Ça expose. Ça joue les maîtres, à penser ou à dépenser. La belle au bois s'est réveillée dans son château englué. Ils sont tous là mais n'y a personne.
C'est la grande attraction, le nouveau musée Grévin. Z'ont animé les statues de cire. Si. Ça bouge, ça cause, ça rit, ça pleure, mais dedans ils ont tout vidé. Les faces toujours aussi blêmes et les peaux aussi froides, le monde est écaille de serpent. Tu peux embrasser les crapauds histoire de les réchauffer, mais les serpents, c'est pas gagné. Ils ont bouffé tous les crapauds, on va tous finir étouffés.
L'humanité béatifiée, bêtifiée, c'est pareil, vitrifiée, l'émotion prohibée, c'est commun. Derrière la vitre les sauriens nous regardent en claquant des mâchoires. Ils ouvrent l'aquarium quand ils ont faim. Qui est dedans, qui est dehors ? Les âmes hameçonnées et aspirées, comme l'araignée envenime sa proie, les corps vidés. Les corvidés pour nettoyer. Le monde est bien fait. Pas pour nous, d'ailleurs c'est bien fait pour nos pieds.
Qu'on traîne. Les pieds, je veux dire. C'est mystérieux, tu retires un truc qui pèse à peine, le poids d'un courrier, d'une hirondelle, tu enlèves et on s'alourdit. Lamine les âmes et les corps pèsent, plus rien pour allumer l'étincelle et s'élever. Tu ris, tu pleures, mais c'est pareil, quand c'est parti, c'est parti, l'inconscience dernière liberté. Ne rien voir pour ne rien regretter.
Je m'arrête et je vous parle, mais vos esprits sont fermés. Parlant d'émoi je parle de moi, mais c'est pour vous retrouver. Frères humains regardez-moi. Regardez-vous. Revenez.