Evasion (variation)
Par Ginette Fanfiole le mercredi 11 août 2010, 00:47 - Dans le mur - Lien permanent

Se coucher n'importe où, en apnée, et attendre, puisque les mots ne servent qu'à faire résonner le silence, attendre la fin sans l'écrire, museler ses espérances, bon sang, l'espoir, qu'on le serre au fond de la boîte de Pandore, il ne fallait pas le laisser échapper.
Sans espoir plus de rêve, plus d'illusion, l'absence à soi et enfin la paix. L'absence à soi. Pas d'issue, les ponts coupés, de l'une à l'un les nuits noires et les pas heurtés, les chocs et les chutes, toujours, et les fluides versés, sangs et larmes. Se noyer.
J'ai regardé la mort du haut des falaises et je ne l'ai pas aimée. Je ne l'ai pas reconnue. J'ai vu en bas mon corps en flaque, et les becs des corneilles au festin. J'ai senti le sel sur mes plaies et l'écume m'a éclaboussée. J'ai regardé la mort assise pour ne pas me laisser tenter. La turquoise et la voix des sirènes, le silence.
J'ai regardé la mort le cul posé par terre, pour plus de sécurité. Lâche. Les brisants fracassés sur les écueils et moi entière, au-dessus, comme une faute de dégoût, ma vie inerte et mon âme lourde, pas foutue de s'envoler. Aller danser avec les mouettes, prendre la poudre d'escampette, se défiler.
Faire exploser le silence. Ça aurait eu de la gueule, et j'aurais pu me regarder en face, dans le miroir des eaux brisées, image morcelée, kaléidoscope vivant, juste un instant avant l'obscurité. Forcer d'un saut péremptoire le soleil à se coucher et devenir lumière, enfin, unique et vibrante, le temps d'un éclair. Les orages sont les chants des désespérés.
Chanter juste pour la première fois. Tous les chants cherchent les signes, tous les chants désenchantent les cœurs usés des insignes. Prendre le temps, enfin, par la main, le décompter et l'arrêter. Se soustraire au désert. Déserter ou se rendre. Agir, pour la première fois. Abandonner les faussaires à leurs jeux, refuser tous les rôles.
Refermer le monde sur lui même, éteindre tous les réverbères, endormir tous les allumeurs, et nouer les serpents, tête et queue, plus jamais espérer la lumière. Etreindre tous les possibles et les atomiser, planer sur les courants d'air, ne plus chercher son chemin, aller tout droit et pour la première fois, arriver.
Une naissance à l'envers, un retour aux sources amères. Un retour au souffle. Briser les cercles des faims sans moyens, grandir, toucher au sublime, l'instant de rien devenir quelqu'un. Choisir. Décider. En finir avec les impossibles, l'étriqué, le mesquin.
La peur. La peur de rater, encore une fois, la marche, la peur de rester, mi-vivant mi-mort, au pied du mur voir s'élever un autre mur. La peur de vivre encore, avilissante, la peur d'un lendemain quand même, la peur d'alourdir les chaînes.
Prendre sa vie en mains et la briser.
Liberté. Ecrire ton nom de sang froid.
Eclabousser.