Je ne sais rien d'autre, je ne sais rien faire, qu'être là. Un arbre qui écoute, planté au bord des eaux, des sources et des égouts. Je tire mes branches loin vers les ailes de ce qui passe, aux vents distraits, et mes mots vides, mes mots creux, mes mots de boue, séchés, jetés, poussière, mes mots pour rien.

Appeau près, déjouée, prise, la main dans le sac et le cœur en vrac, et qui bat silence au rythme d'autres pas, le vent disperse ça. Apnée à fleur de peau, le souffle court qui pulse et la vie qui s'enterre. Les yeux sur l'horizon faute de moins, le pied mal assuré sur les rochers humides, glisser sur les embruns, les restes des marées, désamarrée.

Les oreilles traînent, toujours, au fond des amers, les précipices sont là pour apprendre à voler, mais se jeter, se fracasser, la confiance n'est plus leste, mais lestée. Les cris sont leurres aux niaises, les sourds ne parlent pas quand on les écoute, et les voix se dispersent au vent du large. S'asseoir. Ou tomber. Le cul sur le sentier, et dérouler les grèves, secoué.

Arracher un à un les mots des espaces battus, je ne sais pas parler de ce qui n'existe pas. Et je n'ai rien à dire comme on n'a rien à faire, mais pas rien à en faire, et nos rires aux enfers, la tempête assourdit les voix. Les entrains hagards, on en est encore là. On en est las, de ces maux qui ne passent pas et des mots maladroits qui trouent en corps et meulent à cœur. Mots madrés qui nous jouent et nous enferrent aux pavés battus des effrois.

La colère. La colère me tremble et me déglace, mais percée sous l'aile et pour arrêter le sang, mes deux poings sur ta bouche pour te faire taire, pour te faire taire, comme en terre. Pelleter le sable en poudre aux yeux et fuir tout droit, sans regarder où on va, trahi par la trace de ses pas. Acculée à la falaise, encore une fois. Fou tu pour foutaise, sauter le pas, foutue pour fou taire. Chimène vulgaire aux abois. Rodrigue, as-tu du cœur ? Rodrigue !!!