La balade de Psyché
Par Ginette Fanfiole le lundi 9 août 2010, 21:52 - Hallucinations - Lien permanent

Les trois portes de la délivrance, les trois issues, les seules que j'ai reconnues.
La folie. J'ai attendu. J'ai espéré ce coup de sabre dans mes horizons, déchirer la toile grise de la raison, et m'envoler, ivre et apaisée. La folie. Je n'ai pas eu la volonté, pas assez de courage pour risquer l'enfermement des hommes, et les tortures qu'on réserve aux lucides, aux voyants et aux innocents. Les mots ont un poids, et les cinglés en proue servent de chimères aux pieds nickelés. Les mots ont un poids, c'est nickel, heureux les pauvres d'esprit. Le royaume des cieux leur appartient, mais les cloches le leur ont volé. Les cloches. C'est extraordinaire comme tout tourne rond, comme tout sonne dès que les mots restent entiers. La peur m'a gardée de la fuite, et rien jamais ne m'a soustraite aux réalités mornes où on se complaît.
Le couplet suit, entendez-vous la con plaisance. Bel enchaînement, mes amours aux égouts, toujours serrer les liens de sa liberté, et celui-là, celui-là que j'aurais pu aimer. Ma vie est un chef d'œuvre, et le diable me rit au nez en tirant sur la corde. Jamais réussi à choper la queue du Mickey, à me brûler les yeux et l'âme assez fort pour oublier. C'est un gros défaut, quand on est une femme, d'avoir une âme et des yeux pour voir et pour regarder. Soyons sérieux, est-ce qu'on sauve son âme en montant sur un manège pour attraper le pompon ? Même le pompon rouge du marin n'y a rien changé. Trop tard, déjà trop tare pour les étoiles. Le tramway n'est pas passé, ni amour, ni folie. Un tramway nommé délire contre un tramway nommé désir, choc frontal et éjection.
Par ici la sortie. J'ai trouvé le guide, j'ai trouvé la barque et j'ai de quoi payer. Faire la nique aux Champs Élysées, et garder ses deux mains pour compter : un, deux, trois, quatre, cinq, Styx. Se faire charrier par Charon et s'en remettre à Cerbère. Mon félin en fera son affaire. J'en prendrai trois, un pour chaque tête. Léthé s'en va, et ça me fait triste, j'aurais aimé m'oublier. Il faudra que je me supporte de l'autre côté. La tour, prends garde, je vais m'abattre et le serpent va me garder.