La mer à voir
Par Ginette Fanfiole le vendredi 6 août 2010, 21:38 - Idées noires - Lien permanent

Mais c'est pas ça le monde, la vie, c'est pas ça, c'est rien ça. La foule. La masse grise. Les quais, les trottoirs, c'est gris, il y a plus de silence dans toutes les voix mélangées qui enflent la rumeur que dans le souffle d'une brise marine.
La ville c'est toujours l'hiver. Même quand il fait beau. Donne moi un brin d'herbe et un coquelicot, et toujours ils trouveront une brise à éveiller, j'aime le fin pétale du coquelicot, fragile comme une âme juste née. Ça parle et ça en dit tellement plus que nos pauvres mots.
Une fleur et un souffle de brise, c'est essence, plus rien à savoir, à se rappeler ni à prévoir, plus qu'à être. Les fourmis ont plus de conscience que chaque travailleur embarqué dans les rouages de la vie sociale, on se croit conscient, on ne fait qu'obéir, dans la souffrance et à marche forcée. Comme si c'était une fatalité, de se laisser mener, de se laisser forcer.
Tu sais quoi ? Ce serait beau la ville si c'était habité. Mais toutes ces inexistences juxtaposées, ça me coupe le souffle, ça me suffoque. La réalité absente me disloque. Je ne sais pas toi, il me faut pas trop loin les arbres, les fleurs et les oiseaux, et l'eau. L'eau.
Sortir du maillage gris des rues, échapper aux ceintures et retrouver le monde sans traces, sans préalables, juste un pas de côté, pas si loin. Les hirondelles n'ont besoin de rien pour traverser les mers. Qu'est-ce qu'ils nous ont fait, dis, pour qu'on accepte ça, l'enfermement, l'enfermement de nos chats dans les cités infestées de rats, et la mort du petit cheval au fond des mines.
Ce serait beau une ville si on y rencontrait autre chose que des machines bien remontées, toujours là où il faut, là où on les attend. On s'est laissé faire. On s'est laissé berner, ils nous ont fait croire que ça serait compliqué, ils nous ont fait croire qu'on avait besoin d'eux.
Ils ont confisqué le monde et ils nous font croire qu'on a besoin d'eux. A force c'est devenu vrai. Reste la mer à voir, c'est déjà ça, la mer. On pourra dire aux petits enfants, j'y étais, quand ils l'auront séchée. Et ils n'auront plus que la nostalgie de nos regards bleus pour l'imaginer.