Se poser. Juste se poser, s'étaler dans le temps sans y penser. Au temps. Ne plus le prendre ou le laisser, laisser le temps me prendre et exister. Avoir le temps, ne pas le savoir, jeter les montres et les calendriers, respirer.

Avoir le temps, ne plus le compter. Regarder, poser le regard, ouvrir l'œil, tendre l'oreille. Flâner. Faire en temps non voulu, en temps inutile, en temps sans effet ni cause, faire sa vie, se défaire. Regarder paître les vaches qui regardent passer les trains, oublier les avions, les transports des communs, la course absurde des fourmis, redevenir entier.

Arrêter. Tirer par devers soi le signal d'alarme, sauver sa gueule, quoi d'autre quand la machine s'emballe ? Figer son pas, s'asseoir ou se coucher, fermer les yeux pour mieux voir, écouter le souffle s'alléger, le temps ne suspend pas son vol, le temps est de toute éternité, et nos vies s'y nichent, rien ne sert de courir, le départ est donné et la fin incertaine. Il faudrait avancer au hasard, sans chercher, juste le chemin, paisiblement.

Aller lentement, cueillir le silence et les voix. Je ne bouge plus, ce que je regarde, ce que je regarde ne me sait pas. C'est question de patience. J'aime quand le temps est long devant, sans fin, j'aime le tapis déroulé de ma liberté de ne rien faire.