Comme un soupir
Par Ginette Fanfiole le jeudi 5 août 2010, 09:40 - Instants en instance - Lien permanent

Sous le parasol, derrière les lunettes noires, la fraîcheur de la brise sur les épaules. Les toits d'ardoises en contrebas, les cheminées blanches, et tout en bas, plus bas que les toits, la mer, haute, plate, la mer, les voiliers sous le soleil, la surface en bleus camaïeux. Bleu le ciel et en voiles déchirées, en écho aux voiliers, les brumes blanches se dissipent, les nuages en voile s'étirent et se déchirent.
La paix. Ecouter le silence des souffles doux, des cris d'oiseaux dans l'atmosphère, absorber la chaleur en fermant les yeux et oublier. Oublier tout ce qu'on laisse en partant, ce qui meurtrit, ce qui bleuit l'âme, étrangle la glotte, respirer. S'assoupir en terrasse comme on s'apaise, laisser le soleil éteindre la braise qui mord, brunir comme on se protège. Le luxe de n'avoir plus rien à défendre, être sans peur. Retrouver le serein.
Entendre de là-bas le roulement des vagues, le va-et-vient tranquille, deviner l'écume blanche sur la plage, devenir vague comme un cœur qui respire. Se laisser pénétrer par le rythme, le souffle, devenir pulsation, assouplir l'âme, redevenir. Se laisser dissoudre dans le paysage, appartenir. Habiter l'univers, être grain de poussière sans vertige, s'enivrer de l'air du temps.
Laisser le temps se détendre et passer sans heurts et sans effroi, regarder le temps changer et ses couleurs, retrouver l'horizon en point de mire, laisser les mirages prendre réalité, ne plus bouger. Pleurer les dernières larmes, celles qui lavent et irriguent, pleurer comme on se soulage, comme on arrive et qu'on pose ses bagages, et laisser derrière soi ses malles et leurs maux.
Revenir à soi.