Evasion
Par Ginette Fanfiole le lundi 2 août 2010, 13:46 - Instants en instance - Lien permanent

Hier encore elle croyait. Encore. Un peu. Avant hier elle rêvait. Ce matin elle pouvait se lever, tout à l’heure encore elle pouvait marcher.
Elle s’est arrêtée là, comme ça, son cœur est une pierre qui bat. Elle tombe dans le temps tout droit, on a éteint la lumière et elle a froid. La boucle est bouclée et elle dedans, ficelée, autour de son cou le lacet.
Le temps passe autour d’elle, pierre dans le courant, qui ne passe plus. Elle s’en fout, le monde est loin, même les étrangers ne la voient plus. Une inerte au milieu des ineptes. Elle voit, elle sait, elle se souvient. Elle s’en fout, immobile qui ne croit plus, rien, et les chiens, qu’ils la mordent, et les loups qu’ils la bouffent.
Hier encore. A l’erre dans le temps, le fond frais. Le fond de plomb en fusion, ses pieds recuits et le ciel qui avance. La nuit longue au pôle, l’enfer sans rien faire, froid et chaud en terres brûlées, et son chemin en croix, et son pas qui hésite. A quoi bon, au fond, à quoi bond ?
Rien à quoi se relever, c’est elle la terre brûlée, plus de quoi, ni jambes pour la porter, ni bras à tendre, juste ses yeux pour désespérer, ses yeux crevés et qui pleurent leur cristal en gelée. Les lames, les rasoirs, et elle arasée et qui voudrait bien passer le témoin plus loin, passe à ton voisin tes visions désabusées.
Un ange passe et la regarde, en silence, forcément. Elle écoute l’air qui bruit dans le sillage, le froissement des ailes, c’est un ange sans plume, son duvet tombé au fil, et la sergent major pour compenser. C’est un ange porte-plume. Elle rit de son ineptie, son inertie la plante, d’un trait en travers de la glotte, la fixe et la tait.
Elle regarde dans les yeux, mais elle n’entend pas les paupières battre ou bien se taire. Elle est sourde et sourd de ses paroles tues un filet de voie où elle se jette. Sait-on jamais. C’est sans courant, c’est un marais où elle s’enfonce, la vase fraîche lave ses brûlures, et elle fleurit en vapeur éthérée. Elle s’élève en nuage, elle flotte, elle nage, le vent l’emporte et l’effiloche, elle se dissipe et disparaît.