Les pieuvres
Par Ginette Fanfiole le dimanche 1 août 2010, 09:40 - Bouteilles à l'amer - Lien permanent

J’aime les toits. J’habite en haut et par la fenêtre je vois, le ciel et les toits. Ce n’est pas la mer encore, c’est déjà la mer à boire. Au fond les pieuvres. Je n’aime pas les pieuvres. Je n’aime pas leurs tentacules inquisiteurs et qui tant acculent. L’amour, c’est liberté ou rien, je jette l’encre et je t’efface.
Ce sera rien, tant pis. Les étangs ont bu le sel de tes jours, mais les mers intérieures ne valent rien quand elles sont enfermées. Le fil de l’araignée te poursuit jusque dans tes liquidités, les émois clapotent vulgairement. Les vulves sont ouvertes comme anémones en baies, vénéneuses, méduses.
Médusé. Tu l’es. Ventousé. Prisonnier des pieuvres du fond des mers qui jettent leurs encres et attachent tout ce qui passe à leur portée. Rappelle-toi de tes dents, bon sang, et cesse de mordre ce qui te libère. Les pieuvres t’ont étouffé et je n’y peux rien. Tu aimes ça. Tu aimes le monde fermé et replié en bulle, qui prétend s’ouvrir.
Tu as des liens et pas d’attaches. Les ports t’ouvrent le monde et les sirènes pleurent l’écume qui te ferait marcher sur l’eau. Tu t’en fous, tu ne les vois pas. Alors tu bois pour faire naître les vagues sous tes pas, Bukowski te déboîte, tu pourrais jeter les manches après les cognées.
La mesure est battue, c’est un comble, et passée. L’amesure pour respirer, sans prétention, rien n’est pas néant et dans les bois les fées soufflent aux cheveux des sirènes pour les consoler. Les défaits me défaitent, les fêtes résonnent au soir tombé, je ne sors plus. Je dors et les étoiles s’allument aux réverbères de mes rêves dessalés, corps à culs faits à cœur. Pas couler.
Au noir de la nuit, le corbeau se tait et la chouette ulule. Le firmament s’étend, une mer contre une autre, les immensités se frôlent, se côtoient, se répondent, bruissements, froissements, vents et vagues et les courants. Au noir de la nuit je m’enfonce et je dors, les pieuvres. Les pieuvres m’ont noyée.