Marée noire
Par Ginette Fanfiole le dimanche 27 juin 2010, 11:48 - Idées noires - Lien permanent

L’ignorance, je ne sais rien de toi, je ne sais rien de moi. Rien d’émoi. Je ne suis rien. J’aime le terme «suis» pour tout ce qu’il dit. Je n’écris pas je n’existe plus. Je n’écris pas je n’obéis plus. J’écris les deux, l‘homophonie a toujours un sens, toujours, je suis lourde et pierre, je l’ai déjà dit. Je ne sais plus ce que j’écris, ce que je crie, et si ça vaut la peine. La peine. Est-ce que ça vaut la peine qui fait trembler mon regard et ma voix, qui me fait terre et m’enterre ?
C’est la dernière fois, la dernière, que tu me mets à l’ornière. Je n’aurai pas compris.
Com
Cum.
Avec.
Sang.
Laisse les cons où ils sont.
Parce que le con sans com, ça n’a pas de sens.
Sens.
Je dis sens.
En entier.
L’indécence, c’est la souffrance qu’on s'obstine à infliger en toute connaissance de cause.
Connaissance.
Les mots ont un sens, nom de Dieu, et cette putain de langue française a du corps où le sensible rejoint le sensé. Où le sensé confond l’insensé, ou le contraire, c’est pareil.
Tout est lien. Faut que ça clique. Ça claque dans l’envergure, la mouette s’est mangé le mât, les chiens sont lâchés.
Les vautours se mangent-ils entre eux ? Je me demande si les vautours se mangent entre eux. Les vautours attaquent les vaches grasses, faut voir à maigrir, un peu. Cesser le foin. Ni fumer ni manger, en faire. Détourner les attaques.
Zola serait effaré, les maigres sont devenus gras, les gras sont devenus maigres, le nègre fait de l’embonpoint et les négriers, mince, les négriers s’efflanquent. Je ne serai le nègre de personne. Ecrire pour ne plus être nègre.
Les affameurs sont minces et les affamés se font du bide. La bile se déverse et les faces jaunes ricanent, toutes les faces, lune pleine ou premier quartier.
Je ne ricane pas, je m’efface. C’est que j’aime rire. Ils ne connaissent que ma face de lune, ici, le bon gros sourire paisible et encourageant.
Mais j’ai mes phases et le silence me pluie sans me plier. Ni en quatre, ni en huit. Je suis fatiguée. Je m’enlunis, je blanchis, je m’effile et m’efface, la mer que je tire et lâche, la mer comprendra. Je suis ronde à la surface, ou brisée, pleine ou déliée. Surtout déliée. Qui sait la tristesse de la lune quand la plume de Pierrot délie ses larmes sur son visage en lame ? Quand la plume de Pierrot fend son sourire à l'arrache, à la hache et au coin sur sa face en large ?
C’est en long, c’est long l’ignorance, c’est rance. Flotter reflets au gré des marées, c’est pas marrant tiens. Flotter regrets indécis, les yeux dans la vague, et saler le café. Couler noir et plomb à la nouvelle lune, et remettre un croissant à la nouvelle vague, il n’y a pas de sens.
Il n’y a pas de sens. Juste un recommencement, toujours émerger île avant de s'enfoncer. Clou. De girofle ou mains saignées. Le petit optimiste s'est fait goudronner.