Voir la mer
Par Ginette Fanfiole le mercredi 9 juin 2010, 07:40 - Anges fantasques - Lien permanent

Au bout du monde et sortir d'ici, de la fatigue qui crie, de la logique en barbelé qui étrangle le cours et empêche le temps de courir en paix. Je m'en irai pas loin, hors d'ici, hors moi, en moi, je vais quitter ce monde qui m'empêche d'exister.
Pas de mélo, s'il vous plaît, rien de définitif, mettre en vacance les rivalités acérées, se mettre au bleu ou au vert, le soleil est rouge sous tous les horizons, la vérité intacte à son point de départ, et tous les possibles. C'est l'endroit exact ou la pierre se fond dans l'eau, l'écaille brille à mon derme et je glisse entre vos mains. Je longe la falaise, je plonge.
Je retrouverai les poissons tristes des aquariums, je viderai les bocaux des clowns rouges au flux, je lutterai de pied ferme contre toutes les marées, je retiendrai la mer, lune miel, ronde et blanche, et les vagues aux lames porteront les rêves des noyés. La dérive des incontinents nous mènera aux pays déglutis, et nous nous nourrirons de ce que vous aurez vomi.
Gardez tout, vos luttes fratricides et intestines, vos coupables et vos remords. Nous ne jugerons pas, même nous vous attendrons. Nous vous attendrons le temps qu'il faudra, mais par pitié, la paix, nous ne subirons plus vos ruines, nos âmes englouties comme vieilles épaves déposeront au silence leurs rêves de fraternité. Nouvelle Atlantide, au secret, intouchables, au milieu du grand tout, n'être rien, n'avoir pas. Respirer.
Nous ne respirerons plus que nos complicités, l'air qui brûle vos poumons, le feu de l'incendie, la rage de manger le voisin et le prochain, nous les échouerons sur vos plages désolées. Au profond, aux tréfonds, aux obscurités marines, nous laisserons vaguer nos âmes dans le serein. Nous ne chercherons plus à savoir.
Se laisser flotter en étoile de mer, se laisser porter par les eaux, sans chercher de direction. Laisser courir la lumière, cesser de lui courir après, l'absorber. Se poser là et être, et prendre, et se laisser happer comme on se laisse apprendre sans chercher à comprendre. Ne plus comprendre, voir. Evider l'évidence.
Je ne suis pas folle, c'est l'été. La mer, bientôt, la grève au bout du jardin. Les journées longues du plein ouest, les jours sans fin, les courses sans frein. Courses immobiles du vent sur la peau et du regard sur les flots. Le souffle des brises marines et le roulement des vagues, la plage humide, le sable frais à la marée retirée, la nuit après le jour. Partager l'espace. Partager le temps. Je dormirai quand je voudrai.
Je. Passer du je au nous, sans jeu de mot. Qui sont mes autres ?