A tue et à toi, posséder, elle ne sait pas, même le chat n'est pas à elle, le chat la regarde et choisit. Elle ne comprend pas. Elle regarde aussi. Elle peut attendre des heures, comme lui, comme le chat, attendre des jours, des semaines, et oublier qu'elle attend. Le temps de l'oubli ramène les rythmes et les saisons, la douceur du jour et les courtes nuits d'été.

Tout revient et rien n'est pareil, tout recommence et tout change, et sur le même chemin mille fois arpenté elle prend toujours les mêmes photos, le paysage et la lumière, d'année en année, persistent et mutent. Les coquelicots. Cette année le rouge des pétales tache le champ, et le vent les agite, le soleil la recuit et elle peine à poser l'un devant l'autre ses pieds douloureux.

Elle fait le tour de ses idées, elle soupire, pas d'éclat, juste le voile des ses amers, ses dévers éraillés, et la pente qui l'entraîne. Elle est sombre. Les coquelicots comme bouées dans les vagues vertes des champs ondulés, les épis tendus haut, une mer barbue et le souffle lourd de l'orage qui sourd. Une marée verte et qui va dorer, le frémissement des épis, comme une eau terrestre.

Des nuages, blancs encore comme moutons, et qui flottent au bleu des airs, la chaleur la plombe aux pierres du chemin. Elle avance comme elle s'étourdit, elle perd pied comme à la mer, elle tomberait comme on se noie, si elle se laissait aller. Elle perd ses repères et son regard tangue comme le décor, une toile qui danse, un drap qui sèche, coloré.

Toujours redire les mêmes images comme un peintre les mêmes paysages, toujours les mêmes dessins. Elle est sans dessein, elle musarde, elle va et elle revient. Les mêmes natures mortes, et la nature n'en démord pas, l'humaine bien obligée de s'y soumettre. L'humilité, l'ignorance et la curiosité, le hasard. L'arrogance ignorée. Les couleurs qui croient se heurter finissent toujours par s'accorder.

Elle ne se vend ni ne se prête, même au jeu, elle s'évente pour respirer. Elle ne se donne même pas. Passagère, le temps étire sa lumière et l'oie lui tend sa plume, elle écoute, et les mots s'alignent, noir sur blanc, l'écran lisse. C'est elle qui se parchemine. Elle aime les eaux, toutes les eaux, les étales que le vent froisse et les gifles salées des océans décidés, elle aime les eaux qui la portent.

Elle aime les reflets et le monde à l'envers. Elle aime l'écume et les mondes brouillés. Elle aime l'eau qui court et l'eau qui glisse, elle aime l'eau qui dort et l'eau qui berce, elle aime l'eau qui gèle et qui conserve, par devers elle, les secrets dépassés et le temps figé.

Mirer.