La vie, la mort, je ne sais pas ce que c'est, la poésie, je ne sais pas, les mots ne sont pas à moi. Parfois émoi. Les miens, les vôtres, les mots et moi. Je cause comme on écarquille, mon regard s'enverbe et pose toujours la même question. Toi, qui es-tu ? Comment fais-tu ?

Comment, fétu ? Le fétu, c'est moi, n'en doute pas ou je te fais taire. Ou je te fête, air. Je brûle et disparais ici pour me retrouver pareille ailleurs. Je suis la même depuis le début, je ne sais pas changer, est-ce que le monde change ?

C'est un monde. C'est un monde à partager ou à taire, ça va parfois mieux en se taisant, qui le dit, hein, qui dit ça ?

Moi. A tort et a-raison, la folie déployée en voiles colorées, mes folies raisonnables, mesurables quoique jamais mesurées, jamais raisonnées, mes folies essoufflées qui s'affaissent, les nacelles balancées et posées au hasard. Le hasard sait bien les choses, lui qui n'existe pas. Le pas me manque, je ne vole pas, les eaux s'ouvrent.

Les eaux s'ouvrent à mes vieux os, se jeter ou s'immerger, se noyer ou brasser, ou plancher, en mastiquant comme vache qui pisse en paix. Impasse ou point de vue, chute ou vol, quitte ou double ? Impair ou passe ?

Respirer. Le chant du cygne dans un dernier souffle, la langue des signes, têtue, qui était tue, qui est tu ? Qui es-tu ?

Qui êtes-vous, hommes cachés, hommes couchés, hommes de boue, hommes tus, êtes-vous ? Êtes-vous sans vent, sans eau, sans lune, êtes vous dans les rues noires d'absence, les néons durs brûlant les ailes des derniers papillons ? Êtes-vous sans lumignons, sans étoiles filantes, sans lucioles et sans vers luisant ?

Vers jetés au pavé au mot près, rimes enchaînées aux villes éteintes, à quoi bon ? Ivresses imbues, saouleries au rebut, il y a eu un début, pourtant, il y a eu un début, on ne voyait pas la faim embusquée, on ne voyait pas les murs refermés, il n'y avait rien à dire ni pâquerette à effeuiller.

Fallait-il se taire et voir plutôt que se terrer et effarer le silence ? Qu'est-ce qu'on aurait dû faire ? Qu'est-ce qu'on aurait dû faire pour exister ? Qu'est-ce qu'il nous reste à faire ?