La paix. Soit dit sans colère, sans agitation, ni résignation, tiens, ni lassitude. Juste la paix, si c'était possible, et garder sa colère ardente pour d'autres combats. Il m'arrive, oui. J'essaie de ne plus me tromper d'ennemi, j'essaie de ne plus me tromper de moment, il y a des heures pour l'heurt, point d'heurt à pas d'heure, l'heure de l'ire n'a pas sonné, et je ne suis pas née pour me battre.

Acculée à me débattre. L'heure de lire, ravagée, l'heure délire, désolée, la vie, inaccessible. Je ne veux plus, ni me battre ni me débattre, je veux me poser, me poser, pas me rendre. Trouver l'espace, l'interstice, trouver la faille où me glisser, des congénères pour mon dîner. Un dîner de cons, et le pluriel ouvre des perspectives singulières. Laisser les intelligents résonner, tomber en contemplation, m'asseoir et regarder. Pousser l'autre barbu de son nuage, pour ce qu'il y fait, piquer sa place pour regarder. Mettre l'œil au Judas et les apôtres de côté.

Arrêtez le monde, je veux monter. Les cendres, c'est gris, c'est nuit, ça me colle aux synapses, ça suffit, la brume et le soleil, je veux bien aussi. L'humidité, ça nourrit, et ça moisit, c'est assez, le sel je le veux séché sur mon visage, et des larmes sans alarme, juste à cause du vent dans le nez. Je veux marcher pour me reposer. T'as lu ça quelque part, ben oui, les réverbères reflètent nos idées noires, c'est si grave de laisser la lumière s'éteindre, c'est si grave la nuit ?

La fée électricité, le néon s'allume et tout s'ombre, les contours accusés, les lignes brisées. Inverser les rôles, un peu, faire le bec de gaz comme on fait le pied de grue, s'ériger droit, en silence et sans rien lâcher, être l'œil de la nuit qui absorbe le grand jour pour le restituer et tant attend qu'il n'attend plus. Arrêter de faire la lumière en allumant les lampadaires, être la lumière. L'arbre, le phare, le recours, le repère, se laisser pousser la barbe et devenir son grand-père.

Ou devenir la fée marée, le miroir de la lune et du soleil, effets moirés sans effet de Manche, une mer vivante et sans robe de circonstance. Les stances du vent dans les voiles, et les rides de l'eau sous le ciel. Fuir les nuées, s'engloutir sans se noyer, s'abîmer dans un vertige, les yeux fermés. Flotter ou s'enfoncer, laisser aller. Ophélie a noyé son poids mort, elle est restée, et ils n'ont rien compris. Narcisse croit voir son reflet, c'est elle qui le regarde, apaisée. Elle retourne à la mer, il reste planté là, piégé.

Ni racines ni ailes, le poids, mort, s'alléger. Des histoires plein la tabatière. Les fumées. Les rêves. Dans la barbe de mon grand-père, à la barbe des inhumanités. Cesser de clamer l'évidence, le vide en écho, murmurer. Le chant de l'eau, le chant des oiseaux, le vent sur la peau. La friture en bout de ligne, l'éclair vif, le trait argenté, aux rives du temps qui coule, le courant, à suivre ou à remonter.

La paix, je te dis.