Ce qu'il y a, c'est que je suis raciste. La différence, j'aime, l'exotique au quotidien, je suis ce qui ne me ressemble pas, je suis ce que je ne suis pas. Je suis ce que je ne suis pas, au pas à pas, tous interdits transgressés, je n'ai peur que de ce que je connais.

J'ai peur du monde comme il est, j'ai peur du monde comme on me l'a appris, comme on me l'a enjoint. J'ai peur du monde comme il hait, comme il hait la vie et mon avis, j'ai peur de ce monde bolide qui fonce, fermé, droit au mur des convenances. L'indifférence aux différences, ne pas stigmatiser, l'égalité à tout prix, araser les harassés, c'est la charge de leurs cahiers.

J'écris sur des pages déchirées, les noirs et les couleurs, le dégoût des identiques sans identité et les egos mélangés pour le plaisir. Assise sur le dos des conformismes enrayés, affolés comme chevaux emballés, je dévide un mauvais coton, je dévale la mauvaise pente, je cherche l'ornière où me jeter, le fossé où cacher ma lumière, je cherche les je interdits.

Je suis raciste, j'aime ce qui me ressemble, j'aime le sang quand il coule, chaud, dans les veines des vivants, j'aime le sang quand il crie, j'aime le sang quand il crée. J'aime la vie, je n'aime pas le monde dans lequel je vis, je ne sais pas m'en aller.

Donnez-moi un arbre pour cacher ma forêt, exotique et coloré, je veux rester au secret, je veux me taire et exister, exulter de m'être sauvée sans m'être enfuie. Je veux la lumière de tes yeux et nos sourires se fermeront, le temps d'une note un peu basse, un peu grave, et nos rires se tairont.

La nudité du silence partagé, la saison chaude et humide d'un éden défendu. L'échange ultime du vie à vie, l'échange tu, l'impossible, être toi. Une peur à dépasser, une inquiétude, un risque. Prendre le risque de la folie pour savoir ce que signifie, être toi.

Prendre le risque d'être détruite, avancer en creux son petit Bobin de chemin, violettes et noisettes, comme dans le texte, contempler les champs des oisifs, fredonner les chants des oiseaux, oublier les cris des oiseux. Les hirondelles sont revenues, qui les a vues ?