Sédiments, l'or noir dans l'ornière
Par Ginette Fanfiole le dimanche 9 mai 2010, 12:33 - Anges fantasques - Lien permanent

Le monde est mystère, je ne cherche plus, la clé de l'énigme, inutile, je n'en veux plus, laisse le comprendre, garde au tour le prendre. Flottent en bulles le qui, le où, êtes-vous ? Qui hais-tu ? Je me pose et je cherche le gardien du phare, et je caresse le silence dans le sens du poil, la fourrure épaisse du chat qui dort contre moi, douce, je suis sa mère. Je suis la mère des chats et j'aime les gardiens de phare.
La lumière en pinceau, qui tourne et dessine le monde, lentement, le temps tout compris et les intempéries en bouclier. J'empaume vos nuages gris, j'emplume vos cendres pour mes encriers, je pieuvre en silence dans les profondeurs, je suis où nul ne va, en plongée, d'en bas je vous regarde, je vous vois.
Gardez vos pitiés et vos condescendances, je ne suis pas mutilée, je ne suis pas noyée, je ne suis pas asphyxiée. Je ne respire pas comme vous, c'est tout, laissez mes poissons rouges, ne me jetez pas aux eaux gazeuses au prétexte de m'oxygéner. Gardez vos compassions et vos charités pour vos insuffisances, mes différences ne sont pas infirmités. Je suis plus vive que vous, j'ai ralenti le temps, les eaux fluides m'emportent, je ne sais où.
C'est trop tôt pour dire, trop tôt, j'ai toutes les patiences, j'attendrai le temps qu'il faut. Je terrerai mes vérités, j'enterrerai la lumière, je me tairai, le pèlerin fera son chemin sans composter, en liberté. Ni stèle ni monument, rien à adorer, le jour et la nuit, les eaux qui roulent et tombent, la lumière née de l'obscurité. La paix.
Le chat sourit et les souris, les souris aussi, notes au fil du courant, la poisse lavée et les poissons en éclairs, vifs, tout ça sans fard au secret du phare, jour et nuit mêlés, intermittents, fugaces. Au firmament, immense, intime, l'infime s'octroie la part du lion, grandiose, le petit grandit, infini.
L'amer monte et descend au rythme des marées et la lune sourit, la lune comme une pomme argentée au ciel des hésitants, flottante comme ils flottent, à prendre ou à délaisser, la lune au bout du bras, à cueillir et à croquer, et le doigt ne montre plus rien, le bras tendu à l'absence, au silence, au mystère.