Le monde je m'en fous, il se fout de moi le monde, et je suis posée, sous le ciel. Sous le soleil ou sous la lune, c'est selon, et les nuages qui crèvent, les rêves qui éclatent en flaques sous mes pieds, les reflets, les leurres, je ne sais pas. Je me fous du monde, je n'apprends pas, je marche, et puis voilà.

Je regarde devant, et quand je me retourne les vis à vis s'inversent et les échappées floues s'évaporent aux ciels déliés. Les lits des rivières défient les courants, le songe s'écoule dont on ne saura pas le vrai, la part d'ivraie et de bon grain. C'est quand on s'arrête qu'on y voit. Allongée sur le dos, silencieuse, la nuit en dais par dessus moi, ce sont toujours les mêmes étoiles que je vois.

Ce sont toujours les mêmes que je préfère. J'aime ce que je regarde, je regarde ce que j'aime, les œufs de poule qui roulent n'amassent pas mousse, il fallait nicher. Ni dénicher, ni choir, chercher. Juste chercher. Juste regarder. Juste arrêter le monde d'un œil impérieux et passer les traverses à cloche-pied. Ne me jette pas la pierre, ma marelle n'est pas destinée, ni ciel, ni terre.

Je saute en l'air, je respire et je coule, l'eau froide, l'eau me porte, m'emporte, le courant avance pour moi. Sur la berge, les rêveurs lancent la ligne au flot, remplissent mon vers. Je souris et je mélange tout, je plume l'ange, et les mots s'emmêlent, comme duvet sur les ans gelés, le duvet doux des regards sans détours. Sans atours. Les tours sans se fêler se font face et s'enfoncent, lisses et entières.

La jambe me fait mal, je ne marche plus, tu sais, il faudra voler. Lisser les plumes du serpent pour aller plus loin que le désert, remplir le puits de lumière, bateau, petit bateau, frêle esquive. Je ne peux plus me porter. Remettre à flot les fronces, habiller, cacher, juste un endroit pour se terrer, juste un endroit pour se taire, parce qu'il faut se taire pour parler, et respirer.

Pas de problème dans l'énoncé, de vieux souvenirs studieux, la nostalgie des lents moments, des longs mouvements d'algues blanches. Le monde, je m'en extirpe, je m'en démanche, le monde je l'excommunie, je l'exile, je le bannis. Ce monde-là ne me connaît pas. Tu regardes en l'air, les étoiles, tu regardes en bas, la mer, c'est le monde que j'aime, tu fermes les yeux, le vent te dévoile, et le soleil.

Je me fous de leur monde, tu vois, il n'existe pas. Je me fous de leur monde qui implose, je me pose, je m'enracine, je pousse loin mes racines et je perle mes fruits amers pour demain ou pour hier. Il suffit d'un rien, d'un pas de côté, pour se mettre à exister.